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L'heure juste

Lise Brault  

 Depuis que l'on maîtrise l'électricité, personne n'a plus besoin d'aller se coucher à la tombée du jour.  On peut vaquer à ses occupations tard la nuit, s'amuser et même gagner sa vie.  Mais il fut un temps où non seulement la lumière du jour conditionnait toutes nos activités mais où les hommes vivaient sans la notion de mois, de semaine ou d'heure.  En fait, les horloges n'existaient même pas.  Comment se débrouillaient-ils?

 L'on dit que dans l'Antiquité, bien avant l'ère chrétienne, l'idée d'isoler un jour d'un autre, comme le font nos calendriers, était impensable pour nos ancêtres.  On ne pouvait tout simplement pas concevoir le temps autrement que sous sa dimension linéaire : un jour, une saison, une année se fondaient dans l'autre à l'infini.  Sectionner le temps, croyait-on, c'était le détruire ; presque synonyme de l'arrêter.

 Mais il y a toujours eu des invididus qui ont voulu dompter la nature et certains d'entre eux partirent à l'assaut du temps.  Et alors naquit le cadran solaire, qui fut à l'honneur chez les Grecs, les Romains et les Égyptiens pendant plusieurs siècles.  Bien sûr, ce cadran diurne n'était d'aucune utilité la nuit ni par temps nuageux, puisqu'il comptait sur l'ombre projetée par un bâton planté en plein soleil pour donner l'heure.

 Et puis un jour, l'Égypte nous fit cadeau d'une invention peu coûteuse qui faisait fi et de l'ombre et de la nuit : ils inventèrent l'horloge à eau.  Il s'agissait en fait d'un simple vase percé au fond, qu'on remplissait d'eau et dont les parois étaient marquées à divers niveaux.  Et l'on mesurait le passage du temps en mesurant le niveau d'eau qui baissait en s'écoulant par le trou.

 Malgré ses inconvénients (l'eau s'évaporait souvent ou gelait par temps froid, le trou était souvent obstrué par la rouille, le calcaire ou d'autres déchets), cette invention fut également utilisée pendant des siècles par de nombreux peuples, dont la Chine, la Grèce et la Rome antiques pour n'en nommer que quelques-uns.

 La légende attribue à un moine de Chartres du VIIIe siècle l'invention du sablier.  Le sable, contrairement à l'eau, ne gelait ni ne s'évaporait et le sablier fut vite adopté par plusieurs.  Les ouvriers l'utilisaient pour calculer leurs heures de travail ; les enseignants, pour fixer la durée de leurs cours et les avocats, celle des procès.  L'on dit qu'en Angleterre, une loi obligeait même les prédicateurs à mettre un sablier bien en vue du haut de leur chaire afin que leurs sermons ne dépassent pas les limites d'endurance des dévôts.

 Mais on était encore bien loin de mesurer le temps en termes d'heures.  Le sablier n'était en fait pas beaucoup plus utile qu'une minuterie pour faire cuire un oeuf.  De plus, il fallait le renverser de façon régulière et cela, au moment précis où il devenait vide.  Bref, ce n'était guère pratique pour qui voulait profiter d'une pleine nuit de sommeil.  Alors l'horloge à eau continua d'obtenir la faveur populaire pendant très longtemps.

 Aux environs de l'an 1330, des moines astucieux construisirent une espèce d'horloge mécanique rudimentaire mue par un ingénieux système d'engrenages, de poids et de poulies : c'était le premier pendule.  Et pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, le temps n'avait plus une dimension linéaire mais devenait un élément quantifiable, qu'on pouvait découper en portions égales et gérer en conséquence.

 Soucieux de remplir assidûment leurs devoirs religieux et d'observer les offices de façon rigoureuse, ce sont également des moines qui construisirent le premier réveil-matin.  Ils mirent au point de petites horloges munies d'une cloche qui s'activait à un moment précis.  L'on plaçait l'une de ces précieuses horloges, appelées horologia excitatoria, dans la cellule d'un moine chargé de veiller sur elle pendant la nuit ; puis à l'aube, au son du timbre, le gardien se levait et allait sonner la grosse cloche du monastère pour réveiller ses compères.

 Et l'on sonnait ainsi la grosse cloche quatre fois par jour pour marquer les moments pieux de la journée : à l'aube (les matines), à midi, au milieu de l'après-midi et le soir (les vêpres).  Et petit à petit, les villageois des environs s'habituèrent à ponctuer le passage du temps au son des cloches.

 Les églises, ces lieux de rassemblement par excellence, commencèrent toutes peu à peu à arborer des horloges.  Les premières n'avaient cependant ni aiguilles, ni cadrans car la populace, en majorité illettrée, aurait été incapable d'en lire les chiffres.  Un signal sonore comme celui d'une cloche, par contre, était compris par tout le monde et donnait l'heure du repas, sonnait l'alarme pour aller éteindre un feu, signifiait l'approche d'un ennemi et appelait les hommes aux armes, les envoyait au travail ou bien se coucher.

 Un peu plus tard, les premiers modèles à cadran firent leur apparition sur la place publique mais n'arboraient que les chiffres de I à VI, et une seule aiguille en faisait le tour quatre fois par jour.  Ce n'est en fait que vers l'an 1700 que les pendules tels que nous les connaissons aujourd'hui furent perfectionnés.

 Avec le recul, il y a de quoi se demander comment les astrologues du Moyen-Âge faisaient pour calculer les horoscopes.  Il faut dire qu'à l'époque, c'étaient des hommes instruits, des érudits même, des hommes de sciences qui maîtrisaient les mathématiques, l'astronomie, la géométrie, parfois même la médecine et plusieurs autres sciences dont certaines sont à jamais disparues.  (Imaginez juste un peu la tête que ferait Ptolémée s'il vous voyait dresser un horoscope en appuyant sur une simple touche d'ordinateur!)

 Les horloges ont fait beaucoup de chemin depuis le Moyen-Âge et notre notion du temps a certes beaucoup changé depuis l'époque de la Grèce antique.  Et pourtant, avez-vous remarqué que nos propres montres et horloges n'arborent toujours que 12 heures et non 24 ?  Un vestige, dit-on, des vieux cadrans solaires d'antan.

À la bonne heure!