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Tu ne gagnes jamais à la loterie, dis-tu?

Lise Brault  

Ah, la loterie! On y gagne à peu près jamais et on continue pourtant d'y jouer, au cas où... Toutefois, sans même te connaître, je peux affirmer que tu as déjà gagné une sacrée loterie : je veux parler de la loterie de la vie.

L'ÊTRE – Remonte loin en arrière, au moment de ta conception, c'est-à-dire à l'instant même où le spermatozoïde de papa s'est lové dans l'ovule de maman pour former ce petit être qui allait devenir 'toi'. Qu'en serait-il si, au lieu de ce spermato, c'était son petit voisin ou l'un des milliers d'autres qui avait gagné la course? Quelqu'un d'autre serait-il en train de lire ces lignes à ta place? Tes chances étaient plutôt minces et pourtant, le hasard a voulu que ce soit toi qui naisses. Un premier gain à la loterie de la vie...

L'ESPACE – Puisque tu lis ces lignes, confortablement assis devant l'ordinateur, c'est que tu vis dans un pays industrialisé où règne un confort et une abondance relativement enviables. La distribution des richesses dans le monde est absolument disproportionnée : 15 % de la population possèdent 80 % des biens de la planète, alors que 85 % doivent se partager les 20 % qui restent. Plus précisément, la moitié du globe doit survivre avec moins de 2 $ par jour, et un être humain sur quatre vit carrément dans la misère, évaluée à 1 $ par jour (365 $ par année). Réalises-tu la chance que tu as d'être né ici et combien tu l'as échappé belle?

LE TEMPS – Tu aurais également pu naître à une époque où ta survie était loin d'être assurée. Songe à la forte mortalité infantile chez nos ancêtres, à la malnutrition, aux conditions insalubres des derniers siècles, aux chirurgies à froid (même nos grands-parents ont connu les extractions dentaires sans anesthésie), à l'exploitation des travailleurs et des enfants, à l'analphabétisme, aux persécutions religieuses; tous des fléaux que nous tentons de plus en plus d'endi-guer. La moitié d'entre nous qui portons des verres n'aurions pas survécu au Moyen-Âge; une infirmité physique et nous étions condamnés à la mendiance. Et que dire des libertés sociales et du confort matériel dont jouit monsieur tout-le-monde et qu'on prend pour acquis? Ils sont relativement nouveaux dans l'histoire de l'humanité : les plus pauvres d'entre nous peuvent à présent compter sur l'aide sociale, la protection civile et même l'aide juridique en cas de besoin, sans compter les soins médicaux (parfois gratuits) qui contribuent à une longévité toujours croissante. Le hasard, une fois de plus, a voulu que tu naisses à une époque où tu n'as pas à trimer quinze heures par jour, sept jours par semaine et ce, jusqu'à ce que tu sois mûr pour la tombe.

Certes, la vie au XXIe siècle ne comporte pas que des avantages. Et les repas surgelés, le lave-vaisselle automatique et le chauffage central ne garantissent pas le bonheur; ils libèrent toutefois de certaines corvées l'être humain qui peut ainsi songer à améliorer sa qualité de vie, luxe que n'a pas le natif des pays en voie de développement quand il doit faire des kilomètres à pied pour simplement s'approvisionner en eau potable.

Ok : tu dois quand-même gagner ta croûte pour survivre et ce n'est pas toujours facile. Quand tu entends dire qu'un athlète gagne plus de fric lors d'un match que tu ne gagnes en un an, tu ne peux t'empêcher de crier à l'injustice. Quand tu vois ces magnats de la finance qui investissent des millions afin de gagner encore plus, tu ne peux t'empêcher de soupirer « Ah, si seulement il me tassait un p'tit deux mille ou cinq, ça ne lui ferait pas grand mal et pour moi, ça ferait toute la différence ». Songe toutefois que c'est exactement ce que pense de toi l'Indien ou l'Africain qui n'a pas eu ta chance. Comme toi, il aimerait bien que quelqu'un de mieux nanti lui tasse un petit deux, un petit billet de cinq de temps à autre et qui, pour lui, ferait toute la différence.

À bien y penser, ce qu'on appelle « gagner à la loterie » est parfois bien relatif...