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LA PASSERELLE

Oriane Des Roches 

Afin d'accéder à son rêve, en un vendredi matin dévoilant un ciel parsemé de nuages brumeux, découpé d'un bleu turquoise tel une palette, Océane se devait de traverser cette passerelle, au-dessus de la côte de Liesse. Il n'y avait pas d'autre choix, d'autre moyen de communication entre les deux voies parallèles. Mais comment surmontera-t-elle sa peur ? Quelle force d'attraction de l'autre côté pouvait être assez puissante et agir sur elle pour lui enlever cette sensation incommode qu'est le vertige ? Elle commença par y poser lentement ses deux pieds, en regardant droit devant elle, se concentrant et fixant le milieu de la voie bétonnée tout en s'autosuggestionnant : " Vas-y, avance, tu es capable, c'est le but qui compte, et de l'autre côté, il y a la joie ", soit un cadeau qu'elle convoitait pour l'anniversaire de sa mère.  Ne dit-on pas quelque part : " Sky is the limit and the limit is the first step "? Mais quelle est donc cette première étape une fois la limite de la peur franchie, s'interrogea-t-elle; ce qui ne fit rien pour calmer son angoisse? Seul un maître pouvait répondre à cette question d'ordre métaphysique de la situation insolite du jour. Et c'est alors qu'elle pensa à son fidèle compagnon de route qui jouait l'éclaireur dans les moments difficiles où elle se colletait avec ses démons à en perdre pied;  mais si seulement il était là se disait-elle, j'y arriverais.  Soudainement, elle prit peur comme si le sol en dessous n'était pas assez solide et qu'il pouvait craquer à tout moment, tel du marbre.  Elle recula, en maugréant contre elle-même :  je n'y arriverai jamais, c'est trop dur, je ne veux plus souffrir à cause des autres, au diable le cadeau… Pourtant elle n'était pas du genre à abandonner devant un obstacle…  Elle s'arrêta quelques instants à l'entrée de la passerelle pour réfléchir, prit une grande respiration et regarda tout autour d'elle pour voir s'il n'y avait pas âme qui vive qui pourrait l'aider à franchir cette terreur qu'elle qualifiait de stupide, voire enfantine comme s'il s'agissait uniquement d'un caprice de sa fragile nature.  Non, le vide total, personne à l'horizon.  Elle retourna poser ses pieds à nouveau sur le chemin du bonheur, à la recherche d'un parfum dont elle était amoureuse du nom et recommença à tenter sa chance, en se disant :  " Tu as la force de franchir cette étape car c'est pour faire plaisir à quelqu'un… "  Mais sans grande conviction… Sentant ses jambes fléchissant, elle recula, envahie par la peur vertigineuse lorsqu'elle apercevait, par les trous des rambardes, les voitures passer à vive allure menant un bruit infernal. Tout à coup, elle distingua au loin une silhouette s'avançant sur la voie transversale de l'autoroute et se précipita à sa rencontre dans l'espoir qu'il emprunterait le même chemin qu'elle.  Bonjour monsieur, apostropha-t-elle,  " connaissez-vous une façon d'aller de l'autre côté sans traverser cette passerelle ", bien qu'elle connût déjà la réponse par le chauffeur d'autobus qui l'avait jetée sur le  pavé.  Malheureusement non, répondit-il.  Est-ce que vous allez de l'autre côté ?, ajouta-t-elle.  Oui, de ce pas, dit-il en la regardant d'un air méfiant avec ses yeux de hibou.  Mais elle osa : " Est-ce que cela vous dérangerait que je vous suive car je n'y arrive pas toute seule et lorsqu'il y a une présence, cela me rassure… "  Il n'y a pas de problème, répondit-il timidement.  Bien, comme vous êtes gentil monsieur!  Il lui sourit et ils se mirent en route sur le chemin de la voie menaçante, éprouvante pour elle.  Elle le suivait, tel un petit chien totalement dépendant de son maître, et ne rechigna pas.  Les mêmes premiers pas, tel un nouveau-né, furent repris et subitement elle bloqua et se mit à sangloter de rire en s'écriant :  " Maman, je n'y arriverai jamais …" " Excusez-moi, se ressaisit-elle mais chu pas capable d'aller plus loin…je n'ai pourtant pas le choix, il faut que je la traverse cette putain de passerelle…  Est-ce que cela vous dérangerait de me donner votre main, comme cela ce serait plus rassurant ? "  Pas de problème, dit-il en s'approchant gentiment d'Océane, en lui murmurant  d'une voix douce:  " il ne faut pas regarder de chaque côté mais tout droit ".  Je sais, je sais, excusez-moi encore… Mais non, je comprends cela, on a chacun ses peurs.  Comme elle le trouvait maître de la situation qui la dépassait…

Du vrai théâtre de style burlesque, du genre caricatural, et l'idée d'en faire une pub amusante lui est venue.  Elle lui prit le bout de la main levée, s'accrochant avec force à son gros gant de boxe, et soudainement, voletant, légère, comme si on l'avait revêtue d'un costume d'ailes et allégée de son poids, elle reprenait son envol avec vigueur.  Elle, drapée dans sa vanité stylée au goût d'une dame, paradait pour l'occasion dans ses vêtements couleur fuchsia (dite de la guérison spirituelle) qui s'harmonisait au parfum à la mode du jour…  Elle avançait, tête haute, vers le centre, à la poursuite de son rêve, et repartit convaincue qu'elle ne pouvait plus faillir à la tâche et qu'elle allait sans contredit sur le chemin du succès… Lui, plus petit qu'elle, dans ses habits d'écolier et son havresac au dos, semblant un peu mal à l'aise, marchant trop lentement au rythme affolé des battements de son cœur, la guidait.  Pourrait-on accélérer le pas, demanda-t-elle…  Mais oui, si vous voulez, dit-il calmement, avec une patience d'ange.  Et là, changement subit de décor pour les fins publicitaires :  tel un couple déguisé en jeunes mariés, physiquement désaccordé, on les voit visiblement heureux de vivre cette aventure, car ils avancent allègrement sur la route où l'on croise l'instrument du bonheur qui nous aide à planer au-dessus de toute contingence matérielle, soit l'ivresse du rêve!  Lui, se demandant sans doute " mais à quel jeu veut-elle jouer cette nana qui sent le parfum de loin avant même de se rendre à la vente d'entrepôt ? "  Dieu seul le sait et le diable s'en fout, mais pour sûr elle ne jouait pas.  Il lui fallait à tout prix ce cadeau qu'elle s'était promise à elle-même de donner lors de cet anniversaire incontournable, malgré son maigre budget.  C'était son dada:  offrir un cadeau qui soit une surprise-découverte pour l'autre.  Merci à  " l'ami spirituel " qui se  présente au moment opportun pour tendre la main afin de nous aider à avancer sur le chemin de l'évolution de vie personnelle.  La détermination du destin venait de jouer en faveur d'Océane… Mais quelle chance!  Elle ne l'avait volée à personne car elle était indéniablement fin prête à saisir cet éphémère bonheur… une envolée mystique au cœur de l'autoroute de sa vie terrestre, celle du bas, l'avidité…  Est-ce à dire que nous ne serons vraiment  " libres " que lorsqu'il n'y aura plus rien à convoiter ?  Mais alors, à quoi jouerons-nous au cours de notre prochain voyage ?  À déshabiller les âmes rencontrées sur notre chemin qui nous ont fait souffrir, tout comme dans la pièce de théâtre " Huis Clos " de Jean-Paul Sartre?  Ou mieux, à servir de guide-éclaireur à ceux qui ont emprunté cette voie, à défaut d'avoir pu ici-bas dénoncer un faux-semblant du genre névrosé tel un " ti boss des bécosses…ôte-toi de là que je me mette"  qui, gonflé d'orgueil et de pouvoir, au cours d'un duel oratoire, levant la main, s'apprêtait à gifler Océane, mais recula juste à temps, frappé devant un éclair de lucidité soit par la vue de son sourire angélique, ou en apercevant derrière elle l'ombre de " son  homme " de loi ou encore la vision de témoins autour… ". Va savoir… Un beau dimanche matin, en ouvrant un quotidien imprimé elle vit la photo de celui-ci sous la rubrique décès et sut d'instinct qu'il s'était fait hara-kiri… Rira bien qui rira le dernier… Elle lâcha un cri primal de joie et s'effondra, en pleurs, sur le divan de son psy… Ce fut immensément mais incommensurablement libérateur, tel un gros nuage noir qui éclate! À ce moment-là, Océane ressentit le pardon.  Elle comprit qu'il n'y avait qu'une seule justice et qu'elle est de l'ordre du divin… Assez pleuré se dit-elle… fais-moi rire maintenant et j'ouïrai à nouveau la musique céleste que la douleur avait pétrifié…