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Libre Chapitre 5
Metzaël

par Josée Papineau  

Déjà février, annonçant presque la fin de l'hiver qui fut doux et quasi sans neige.

- À Kingston, les hivers sont bien différents de ceux de Montréal, lui avait expliqué Tom, au début de l'hiver. Étant dans une plaine, les vents font des mouvements circulaires et sont plus doux. Les flocons ont le temps de se réchauffer avant de toucher le sol et c'est pourquoi il y a plus de grésil et de glace qu'il n'y a de neige, par ici.

- Je préférais lorsque nous habitions North Bay. Là au moins, nous avions un vrai hiver avec plein de neige.

- Tu sembles oublier que tu pelletais tous les jours, lui avait-il rappelé, pour se moquer.

- Tu saisi très bien que ça ne me dérangeait pas du tout! lui avait-elle répondu, sur la défensive. J'adorais la neige là-bas et par-dessus tout, on ne sentait jamais le froid nous transpercer comme ici.

Ce froid sec que l'on ne sent pas et qui, si on n'y prend garde, brûle la peau, sans merci.

Ayant compris que pour l'instant elle ne pourrait partir par ses propres moyens, elle décida de continuer à se chercher du travail.

- Si j'y arrive, je pourrai rebomber mon compte en banque et lorsque je serai prête, je retournerai chez moi, dans la province juste à côté.

- Ça fait des mois que tu chantes la même rengaine.

- Cette fois-ci, tu verras, c'est la bonne. Mais d'ici là, je continuerai à jouer à celle qui ne voit rien, n'entend rien, mais le jour viendra. Tant que mes nerfs tiendront le coup, je trouverai la force de continuer.

Depuis qu'elle avait découvert que la veille de Noël Tom avait passé la soirée avec ses enfants et leur mère, il ne lui permit plus d'ouvrir son courrier ni de faire le ménage de son bureau. Elle y avait découvert de longues conversations téléphoniques avec elle sur son relevé de compte de cellulaire, ainsi que des appels en partance de bien moins loin que le lieu où il devait se trouver, pour son boulot.

- Tu te fais des idées, White. Je n'ai d'amour que pour toi, lui affirma-t-il. Crois-tu que j'aurais fait tout cela sans amour pour toi? Je n'ai voulu que passer du temps avec mes enfants et pour leur faire plaisir, à leur demande, j'ai accepté que leur mère nous accompagne au restaurant.

Elle ne put néanmoins que se demander quelle était la part de vérité dans ses propos et jusqu'à quel point un homme pouvait jouer ainsi avec les gens.

- Comment peut-il continuer à aimer deux femmes et jouer ainsi au yoyo avec nos sentiments?

- Ne crois-tu pas que son désir ultime est de vivre avec ses enfants, et non avec elle?

- Je crois qu'au début, il m'a aimé sincèrement, voyant en moi celle qui aurait pu lui permettre de réaliser son rêve.

- Ouais mais maintenant, pour être avec ses enfants, il tente de jouer toutes les cartes possibles, peu importe le mal qu'il peut causer autour de lui.

- En éprouve-t-il du remord parfois? Croit-il que tout peut s'oublier?

- Tu sais que Dannie et Carl sentent bien que rien ne va plus et n'attendent que les mots magiques pour remplir leurs cartons et enfin retrouver leurs amis! Tu les fais souffrir par ton manque d'initiative!

- Je sais, ça crève les yeux, avoua-t-elle. Leurs amis leur manquent terriblement.

- Cependant, tu sais qu'en attendant de trouver une solution, tu dois t'appliquer de ton mieux afin de persuader les enfants que tout va bien.

- Je sais… j'y veille.

Étrangement, elle réussit à tempérer ses échanges avec Tom, sachant qu'il lui dissimulait constamment la vérité et imposait sa volonté par les manigances, le silence et l'indifférence. La majorité de ses problèmes reposant sur le manque d'argent et la justification de ses décisions, sur l'incompréhension des gens. Alors, lorsqu'elle sentait son petit jeu de manipulation se pointer, elle feignait de lui donner toute son attention, ne lui posant aucune question et ne réagissait pas. Lui, étant habitué à ses rebuffades et à ses colères, en perdait contenance et ne trouvait plus les mots pour provoquer une dispute avec elle. Il ne lui était alors plus possible de justifier ses manigances avec comme excuses, ses sautes d'humeur ou ses crises à elle.

Il l'ignora peut-être encore plus, ne sachant plus quelle attitude adopter avec elle, mais ses sentiments et ses émotions à elle demeuraient intactes. Elle n'eut plus à se culpabiliser des conséquences de ses paroles ou de ses moindres faits et gestes.

Lorsque Tom se trouvait à la maison, White quittait dès le départ des enfants pour l'école pour faire ses courses et ensuite, se rendait près du lac avec ses lectures. La vue du soleil plombant sur le lac gelé, d'une pure merveille, l'apaisait agréablement, faisant taire ses tourments et elle revenait à la maison calme et souriante.

Lorsque Tom était à l'extérieur de la ville, White méditait une petite demi-heure l'après midi.

- J'aimerais tant connaître le nom de ce guide qui me fait vibrer si intensément à chacune de nos connexions.

- Pourtant, tu dois savoir que pour certains, le moyen de se faire reconnaître peut se faire de maintes façons et qu'un nom n'est pas toujours nécessaire!

- Ne joue pas au prof, toi!

- Mais je ne joue pas, voyons! Elle a lu cela dans son livre!

- C'est bien pour cette raison que je n'insiste pas mais j'aimerais bien connaître son nom.

Lorsque White voyait des tourbillons verts emplir sa tête et ressentait ce frisson particulier qui lui donnait la chair de poule et envie d'uriner, elle savait qu'il était là.

Il lui arrivait parfois de la prendre par surprise.

Ce matin, se trouvant devant le frigo, elle le sentit soudain et dut s'arrêter, son corps vibrant avec une telle intensité qu'elle s'était mise à pleurer tellement l'amour ressenti la submergea toute entière…. il était 11h11.

Certains petits phénomènes oubliés depuis longtemps ont recommencé à se produire, ce qui l'amusa. Lorsqu'elle se rendait au centre commercial, elle avait son stationnement attitré. Peu importe l'allée dans laquelle elle s'engageait, il se trouvait toujours une place pour elle à sa gauche, au troisième ou quatrième espace. Aussi, lorsqu'elle se posait une question, ses voix ou son intuition la dirigeaient gentiment vers la réponse.

- Est-ce Tom est redevenu fidèle? Est-ce que ses sentiments sont maintenant sincères pour moi, comme il continue à me le répéter?

- Pourquoi n'irais-tu pas au casier postal pour prendre le courrier?

Une seule enveloppe s'y trouvait, celle du relevé de téléphone cellulaire de Tom qu'il n'avait pas pu prendre avant elle, cette fois-ci. En ouvrant l'enveloppe interdite, elle y découvrit des appels effectués en pleine nuit. Il lui fallut peu de temps pour découvrir que Monsieur faisait appel à des services féminins lors de ses longues absences. Fautive mais ravie de la réponse à sa question, elle jeta la facture à la poubelle. Un simple appel au fournisseur lui rendrait une copie de la facture s'étant malencontreusement perdue dans le courrier.

Vers 19 heures, les enfants étant occupés à leurs travaux scolaires, White alla frapper à la porte de sa voisine d'en face pour une petite promenade. Dans ce quartier snobinard aux trottoirs nettoyés avec tant d'attentions par les propriétaires, elle s'en était fait une précieuse alliée. Élisabeth, une femme dans la quarantaine et d'une gentillesse désarmante, aimant se dévouer pour les siens, suit depuis peu des cours spécialisés afin de s'occuper des aînés. Ayant perdu son emploi comme gérante dans une bijouterie qu'elle occupait depuis plus de dix-huit années, la perspective de cette nouvelle carrière lui redonne confiance en elle.

- Bonjour toi! l'accueillit Élisabeth. Donne-moi une petite minute que je sorte Sammy du bain et j'enfile mon manteau.

Elle laissa White dans l'entrée et remonta l'escalier en vitesse.

- Pas de problème, prends ton temps, la rassura White, comprenant l'empressement de son amie qui s'occupait de sa plus jeune.

Seule dans l'entrée, elle s'adossa à la porte pour écouter les rires de Sammy et Kevin se montra le bout du nez, du pas de la porte de sa chambre.

- Salut! lui dit-il en s'en retournant dans sa cache lorsqu'elle lui eut répondu.

Élisabeth revint, essoufflée, tout en s'assurant que sa plus vieille s'occuperait de sa cadette pendant son absence.

Elles prirent la direction du parc d'où elles pourraient s'engager sur la piste piétonnière.

- Tu parles d'une belle soirée! s'exclama Élisabeth en prenant une bonne bouffée d'air frais.

- Tu crois que ce froid va persister encore bien longtemps? lui demanda White.

- Pour un mois de février, cela me surprend beaucoup mais tu verras, d'ici deux ou trois semaines, ce sera chose du passé.

Elles marchèrent en silence pendant un moment, admirant le ciel dégagé et profitant de ce moment de quiétude.

- Et tes cours, comment ça se passe? lui demanda White pour briser le silence.

- Très bien et tu sais quoi? Sous les encouragements de mon professeur, j'ai commencé à postuler dans les hôpitaux de la région.

- Je suis contente pour toi, la félicita  White. On dirait que plein de belles choses s'annoncent, en fin de compte!

- C'est vrai, l'assura son amie  d'un sourire.

- Tu auras bientôt un nouveau boulot, tu as perdu du poids et es radieuse, tes enfants vont bien, tu as un mari merveilleux qui t'encourage dans ta démarche… que pourrais-tu demander de plus?

- Tu as raison. Moi qui craignais voir mon monde s'écrouler lorsque j'ai perdu mon emploi, je suis une femme comblée,  l'assura son amie. Et toi, quelles sont tes intentions? lui demanda-t-elle, consciente des soucis de White qui lui en avait touché mot.

- Pour l'instant, pas grand chose, admit White. Comme tu le sais, j'espère trouver du boulot pour amasser des sous avant de partir mais je n'en trouve pas, c'est décourageant.

- Tu as discuté avec Tom de tes intentions?

- Il ne le sait pas encore.

- Tu souhaiterais que les choses s'arrangent, hein? lui dit son amie avec un clin d'œil.

- Peut-être, admit White. Ce serait la solution la plus simple mais aussi, je suis consciente que ça resterait tendu entre nous encore bien longtemps.

- Tu espères que sa femme vous laissera tranquilles, c'est ça?

- Peut-être aussi, mais non… cela n'arrivera jamais, dit White en accélérant le pas.

- T'ai-je dit que Christie a été acceptée par une agence de mannequins? lui lança son amie, ravie d'annoncer quelque chose de joyeux pour faire diversion.

- Elle doit être si contente! lui répondit White, fort contente de la nouvelle.

- Ça, il n'y a pas à en douter. Elle flotte, ma grande, dit fièrement son amie.

Le silence s'imposa à nouveau entre elles mais l'exercice les satisfaisant à lui seul, elles en profitèrent pour accélérer encore le pas.

- Tu as pensé à prendre contact avec tes amis de Montréal?

La question surprit White.

- Peut-être auraient-il des suggestions de boulot pour toi, là-bas! ajouta Élisabeth.

White secoua la tête.

- Je ne sais pas mais j'y penserai.

White reprit contact avec son ancienne compagne de travail, Hélène, qui fut ravie de recevoir de ses nouvelles et fort peinée que son beau rêve n'ait pas fonctionnée. Sa conversation avec Hélène lui fit prendre conscience de son ennui pour son ancien boulot, laissé pour venir à Kingston. Ses patrons et compagnons de travail, des gens gentils, lui manquent énormément.

Hélène lui dit aussi avoir peine à s'entendre avec celle qui occupe maintenant son ancien poste et que leurs échanges animés lui manquent beaucoup. White lui fit part de son intention de revenir dans la région et promit de la revoir le plus tôt possible afin de discuter devant un bon café.

Après la fin des classes des enfants, White irait les reconduire à la station de train pour un week-end à Montréal afin de visiter leur papa. Tom serait à New-York jusqu'à la fin de la semaine prochaine, alors White avait bien l'intention de profiter des deux prochains jours.

Au réveil, White regarda dehors et vit le soleil briller. Elle se leva, pris son café et fit l'incontournable ménage de la maison.

La journée s'annonçait douce et elle décida de prendre ses gants pour se rendre en forêt au lieu d'aller au parc pour oxygéner ses poumons. Lorsqu'elle stationna sa voiture sur le bas côté de la route, elle constata ne pas être la seule à avoir eu cette fabuleuse idée. Près de dix voitures y étaient déjà stationnées et des gens s'engageaient sur les sentiers. À cet endroit, entretenu par les autorités gouvernementales, il était possible de se balader durant des heures sur les nombreux sentiers de la forêt, où y courre une petite rivière dont White adorait entendre la musique. Un endroit calme et enchanteur pour les amoureux de la nature comme elle.

De retour à la maison, un peu étourdie du plein d'oxygène et de sa longue marche en compagnie des petits oiseaux de la forêt, elle décida de faire une petite sieste.

- Alors petit guide, as-tu quelque chose à me dire aujourd'hui? dit-elle en souriant avant de s'étendre sur son lit.

Metzaël!

- Quoi? dit-elle en se relevant d'un trait.

White n'eut pas le temps d'en demander plus. Elle fut frappée par une lumière verte qui l'aveugla et dû se protéger les yeux de son bras, tellement la lumière fut vive.

Metzaël, Metzaël, se mit à chanter la lumière, en dansant maintenant derrière ses yeux clos.

- C'est ton nom? demanda-t-elle le cœur gonflé de joie.

Oui petite fleur, Metzaël,  ajouta-t-il encore.

Et elle vit son visage.

Un homme avec de belles grosses joues, aux cheveux blancs et souriant, se présenta à elle.

- Je reconnais ce visage….. oui, je t'ai vu toi lorsque j'ai reçu cette boule blanche en cadeau, murmura-t-elle ravie.

- C'était toi?

Oui, Metzaël… l'histoire du bisou, ajouta-il encore, tout sourire.

- Bisou? demanda-t-elle, intriguée.

Il lui envoya un baiser et elle sentit son énergie la faire vibrer, passant d'abord par son dos pour la parcourir d'un long frisson, lui donnant une envie familière… cette envie irrépressible d'uriner. Puis il disparut, amenant avec lui cette belle lumière verte.

Elle se leva d'un bond, tout excitée et se mit à danser au pied de son lit. Elle leva les bras et remercia le ciel pour ce cadeau.

- Metzaël, répéta-t-elle sans cesse en envoyant des baisers à travers la pièce. Merci, mille fois merci, Metzaël!

Le cœur léger, elle descendit à la cuisine pour faire une razzia dans le frigo.

- J'ai une faim de loup!

Le soir venu, elle se connecta sur le forum et ses doigts se figèrent son clavier, la laissant pantoise, la bouche grande ouverte.

Marc, un nouveau membre, avait posté un nouveau message dont le titre était…. L'histoire du bisou.

L'histoire du bisou

Maman a le droit d'aimer gratuitement et dit à son fils :

D'abord, je t'aime et maintenant, tu fais ce que tu veux.

Et personne ne voit mal des bisous d'une mère.

Papa, sur lequel repose le poids de l'éducation (société), pense qu'il n'a pas le droit de donner des bisous gratuitement et donc, il dit à sa fille :

D'abord, tu ranges ta chambre et après, tu as un bisou. Tu fais la vaisselle et après, tu as un bisou.

Si un père embrasse trop sa fille, on se méfie de son comportement.

Par la suite, le garçon devenu un homme, demande un bisou (amour) sans rien offrir et s'il ne le reçoit pas, il fait grève.

Et la fille, devenue femme, pense qu'elle doit d'abord fournir une prestation pour avoir le bisou (reconnaissance) et donc, elle se plante, car on ne lui donne pas le bisou après son travail.

Alors, elle fournit encore plus, pensant que là, elle va l'obtenir et on ne lui donne toujours pas le bisou et là, elle s'écroule sans comprendre pourquoi.

Apprend que le seul fait d'exister devrait suffire à justifier l'amour que l'on a pour toi, et fais grève si on ne te le donne pas, même sans rien donner en échange.

Tout de suite, White lui envoya un message privé, lui demandant d'où il tenait cette histoire et par hasard, il vint se connecter lui aussi au même moment.

Elle attendit donc sa réponse avec impatience qui arriva quelques minutes plus tard.

- Je suis bien content que tu aimes ma petite histoire, White Flower.

Mais pour répondre à ta question, je t'écrirai ceci :

Cela fait plusieurs jours que je viens lire vos messages et j'ai remarqué que la plupart des membres ici sont des dames. De gentilles dames qui pour la plupart, ont toutes une histoire malheureuse à raconter sur les mecs qui ne savent pas les écouter ou qui en ont souffert.

Moi, qui côtoie et rencontre de nombreuses femmes durant  une journée, suis le premier à les écouter dans l'exercice de mes fonctions. Lorsqu'elles me racontent leurs tourments et ont du mal à identifier leur place en ce monde, je leur raconte cette petite histoire à titre d'intro avant que ne commence le vrai travail.

Alors ce soir, avant d'aller au lit, j'ai pensé à vous et ne trouvant pas le sommeil, pour je ne sais quelle raison, je me suis levé afin de vous l'écrire.

Je retourne me coucher mais avant de faire, je vais t'avouer que depuis hier, tu occupes beaucoup mes pensées. Je ne sais pas pourquoi, mais c'est ainsi.

Ici, il est six heures de plus que chez toi chouchou alors, je te laisse là-dessus et te souhaite bonne réflexion.

Bisous,

Marc.

- Une histoire comme intro avant le vrai travail! Mais qu'est-ce qu'il raconte?

- Il dit raconter cette histoire en travaillant alors il doit être thérapeute ou psychologue, quelque chose du genre en tout cas.

- En plus, il pensait à moi, moi qui habite en décalage horaire de six heures.

-Wow! Tu parles d'une farce!

- Ben quoi, tu ne trouves pas cela super, toi?

- Tu ne vas pas tomber dans le panneau d'un tombeur encore une fois?

- Hé, il a écrit l'histoire du bisou dont Metzael a fait mention aujourd'hui!

- Et puis quoi encore!!!

- Dis ce que tu voudras, moi, je trouve ça fabuleux!

- C'est bien joli tout ça mais n'as-tu pas remarqué que depuis un certain temps, tu discutes avec nous à haute voix? Tu devrais perdre cette habitude, petite fleur.

- Tu as raison, je ferai attention.

White imprima son histoire avant de fermer son ordinateur et la relut plusieurs fois, assise sur son lit.

- Question bisous d'une maman ou d'un papa, je ne m'y connais pas vraiment, admit-elle. Je n'en ai pas eu beaucoup, même qu'on arrive même pas à se frôler l'avant bras sans frémir. Mais je peux tout de même comprendre le raisonnement de l'histoire de Marc.

- Comment cela?

- Je lis des histoires et regarde la tété comme la plupart des gens alors… si je m'imagine le scénario en suivant son histoire, je peux facilement concevoir que selon ce genre d'éducation, un homme puisse tendre à faire de même avec sa compagne.

Elle réfléchit un moment, l'index posé sur son menton.

- Au début d'une relation, je crois que la question ne se pose pas vraiment puisque l'un et l'autre font attention et tout ce qu'ils croient nécessaire afin de plaire à l'autre mais ensuite, l'histoire du bisou prend place et devient une habitude.

- Et comment crois-tu que cette histoire puisse avoir un rapport avec toi?

- Combien de fois ai-je voulu plaire, faire plaisir à mon homme afin d'obtenir un sourire, un câlin, un bisou?

- Ben ça, faut avouer que c'est l'histoire de ta vie, hein?

- Lorsqu'il ne venait pas, que faisais-je pour essayer d'en avoir un?

- Tu chialais comme un gros bébé la couche pleine, voilà!

- C'que tu es bête, toi!

- Mais il a tout de même raison! Je chialais et j'en faisais encore plus et lorsqu'il ne venait pas malgré mes surgentillesses et mes surcasse-têtes imaginatifs, j'en venais à douter de moi.

-Et eux, ils te laissaient tout le travail, hein?

- Vrai, admit-elle. Eux, ils n'avaient pas besoin de faire des prouesses pour que je veuille leur en donner un, j'en donnais volontiers. Je leur pardonnais à chaque fois jusqu'au jour ou ma banque de pardons s'épuise et que je pète ma crise.

- Ben là, on le sait tous que tu es une criseuse née!

- Hé, n'oublies pas que depuis un certain temps, on n'a plus droit à des crises de larmes de notre grande fille, dit la voix d'un ton réprobateur relativement à l'intervention du trouble tête.

- Mais par le passé, combien de fois en suis-je venue à la péter ma crise et ensuite m'effondrer?

White se leva de son lit pour prendre la photo de ses parents sur son bureau et se regarda dans la glace.

- Je ne me souviens pas d'une fois avoir reçu un tendre bisou de maman ou de papa. Pourtant, je faisais ce qu'on me demandait…. mais il ne venait pas, marmonna-t-elle en faisant la moue, comme une enfant que l'on vient de gronder.

Elle retourna sur son lit, posa le papier sur ses genoux et se mit à soupirer, le regard tourné vers la fenêtre d'où elle put voir le croissant de la lune qui brillait en solitaire, un petit sourire triste dessiné à sa base.

- Ton histoire me rend triste Marc, très triste. Tu me fais réaliser que depuis toute petite, on me dit gentille, prévenante et agréable. Qualités que je me suis toujours efforcée et appliquée à présenter, peu importe, croyant qu'ainsi on m'aimerait, dit-elle en s'adressant au texte devant telle. Combien de fois ai-je crains qu'on ne m'aime pas si je n'étais pas gentille? Combien de fois ai-je tue mes propres désirs pour plaire aux autres afin d'être appréciée? Combien de fois me suis-je éloignée volontairement des gens par peur de leur jugement, me punissant moi-même?

- Tu as toujours agis ainsi.

- Oui et pourtant, même si les gens ont leur petit caprice et ne sont pas toujours gentils, je leur trouve toujours un petit quelque chose et continue de les aimer!

- Bof… pas tous mais en général, oui.

- Alors, tu dis que je peux faire grève si on ne me donne pas de bisous? Tu dis que le simple fait d'exister est sensé suffire afin que l'on m'aime et que je reçoive des bisous?

- J'aimerais bien voir ça.

- Oui, j'aimerais bien que l'on m'apprécie et que l'on me couvre de bisous pour ce que je suis et non parce que je m'efforce de faire plaisir.

- Oui, j'aimerais bien voir ça… Dans la semaine des trois lundi et cinq vendredi, ouais!

- Ferme-là, toi! Tu ne vois pas qu'elle est triste, notre petite Whitie?

- Merci pour ton histoire Marc, chuchota-t-elle avant d'aller au lit.

- Toi, Tom, fini les bisous! Si tu n'arrives pas à m'aimer sans que je t'en donnes, tant pis pour toi, lanca-t-elle les larmes aux yeux.

- Et toi, Metzaël, je t'en donne sans que tu n'aies à en demander parce que j'en ai envie. 

Josée Papineau
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