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Libre Chapitre 8
Le nid de pipi

par Josée Papineau  

Le lendemain matin, Julie vint la rejoindre à sept heures à l'appartement et lorsque White ouvrit la porte, elle ne put en croire ses yeux.

Des ordures étaient éparpillées sur le plancher du salon, le linoléum de l'entrée était en morceaux et les murs troués à plusieurs endroits. L'odeur qui se dégageait du logement les fit suffoquer.

- Je suis désolée de te demander cela Julie, lui dit White, honteuse. Lorsque j'ai visité, je savais qu'il y avait beaucoup à faire mais je te jure que je n'ai pas vu tout cela.

White se mit à pleurer en silence devant l'ampleur de la tâche mais Julie lui sourit.

- Ne t'en fais pas, nous y arriverons. J'ai vu pire que cela, n'oublies pas que j'ai l'habitude de nettoyer des maisons sinistrées, dit-elle pour l'encourager. Allons plutôt chercher ce dont nous avons besoin pour nettoyer tout cela et acheter de la peinture pour redonner vie à ces murs.

Dans la voiture, White explosa.

- Comment est-ce possible que des gens puissent vivre dans de telles conditions? demanda-t-elle à Julie.

- Que veux-tu que je te dise, répondit cette dernière. Tout ce que je sais, c'est que ces gens me permettent de gagner ma vie, ajouta-t-elle en éclatant de rire.

- Je suis certaine que le plancher de cuisine n'a jamais été lavé tellement il est graisseux et glissant, ajouta White, prise dans ses pensées, semblant oublier la présence de son amie.

Ce qui la fit rire de plus belle.

- Tu as vu la toilette? Une vraie honte! enchaîna White. Comment peut-on se laver dans une douche aussi sale et pleine de moisissure?

Elles achetèrent les galons de peinture et le nécessaire pour nettoyer.

Les amis de Dannie vinrent en renfort et ils travaillèrent sans relâche durant deux jours à nettoyer, réparer, peinturer.

Ils durent arracher les bandes de silicone autour des fenêtres noires de moisi, elles aussi. Ils n'en finissaient plus de ramasser la mousse sur le plancher des chambres à coucher. À la fin du deuxième jour, malgré la forte odeur de la peinture fraîche, une autre odeur, dont ils ne purent trouver la provenance, persistait à leur agresser les narines.

Un des amis de Dannie, Samuel, constata que les corderons près des murs du passage du salon à la cuisine étaient pourris et mouillés. Lorsqu'il commença à les arracher, il lâcha tout, ne pouvant supporter l'odeur qui s'en dégageait et se mit à courir vers le balcon arrière pour prendre l'air.

- Que se passe-t-il ici? lui demanda White après l'avoir rejoint sur le balcon.

- Du pipi, voilà ce que c'est!

- Quoi? cria White, épouvantée.

- Les corderons sont imbibés de pipi, White!

Elle rentra en vitesse et arracha frénétiquement le linoléum du corridor.

- Il y en a partout, regarde! cria-t-elle à Julie.

- Maintenant, je comprends pourquoi l'appartement continuait à sentir si mauvais malgré nos efforts! répondit Julie en balançant la tête de gauche à droite.

Ils constatèrent qu'il y en avait partout sous le revêtement du corridor, de la cuisine et du salon. White prit son cellulaire et téléphona au concierge, lui ordonnant de venir tout de suite.

Les anciens locataires, de jeunes morveux fainéants, avaient deux chiens qui se soulageaient à l'intérieur, faute d'attention de leurs maîtres, et le plancher en était imbibé.

- Il faut arracher tout cela immédiatement! lui ordonna White, prête à n'accepter aucune réplique.

- Je vais d'abord en discuter avec le propriétaire, répondit le concierge d'un ton morne.

- Pardon? lui répondit-elle d'un ton brusque.

- Ce n'est pas moi qui décide, madame.

- Eh bien je vais décider, moi! hurla White, rouge de colère. Dites-lui que ce soir, j'arrache tous les revêtements et que je vais tout nettoyer à l'ammoniaque afin de faire disparaître toute trace d'urine de chiens et cette odeur affreuse. Dites-lui aussi que j'exige qu'il fasse installer de nouveaux revêtements demain sans faute! Je reçois mes meubles dans deux jours et je veux que tout soit terminé, compris? cracha-t-elle, aux yeux horrifiés du concierge.

- Je vais voir ce que je peux faire, madame.

- Je n'ai pas envie de discuter, c'est ce que j'ai décidé ! Dites-lui aussi que je n'accepterai aucun refus sinon, je sors d'ici et lui réclamerai tous les frais que j'ai engagés, compris? ajouta-t-elle, folle de rage, pendant qu'il se pressait de sortir, la tête basse.

- Tu as un problème? demanda une voix familière derrière elle.

- Qu'est-ce que tu fais ici toi? demanda-t-elle à Tom, se demandant depuis combien de temps il était là.

- Je suis venu voir si tout allait bien.

Elle fut insultée et choquée de le voir à l'appartement, ce que remarquèrent Julie et les amis de sa fille, qui décidèrent de ce moment pour quitter, ne pouvant lui être d'aucune utilité pour ce soir.

 White se retint jusqu'à ce qu'ils furent seuls et se rua sur lui.

- Tu n'as rien à faire ici, Tom!

Elle lui demanda de partir mais ignorant ses propos, il fit le tour de l'appartement.

- Je reviendrai demain installer du tapis, si tu veux. Il m'en reste de gros rouleaux que je n'ai pas utilisés lors de mon exposition à New York.

- Pas question! refusa-t-elle catégoriquement, lui montrant la porte.

- Écoute White, je ne suis pas venu ici pour t'importuner, ok? Je vois bien que tu as besoin d'aide, même si tu refuses la mienne, mais ce tapis ne sert à rien dans l'entrepôt et ici, il pourrait t'être utile.

Le concierge revint à ce moment, ce qui permit de faire diversion à leur conversation. Ce dernier l'informa que le propriétaire était prêt à payer pour de nouveaux revêtements pour le plancher et que tout serait terminé le lendemain soir.

Elle se tourna vers Tom.

- Il est gros comment ton rouleau de tapis? demanda White le nez en l'air.

- Assez pour couvrir le salon, le corridor et ta chambre, si tu veux, lui répondit-il.

- Dites au propriétaire que je n'ai besoin que d'un nouveau linoléum pour la cuisine et que je veux que de nouveaux corderons soient installés dans toutes les pièces.

Durant la journée, la bande avait déjà lavé les planchers des chambres des enfants qui paraissaient maintenant tout neufs. Après le départ de Tom, elle arracha tout ce qui était imbibé d'urine, alla acheter deux gallons d'ammoniaque, ouvrit toutes les fenêtres et fit disparaître toute trace de pipi de chien chez elle.

Le lendemain, tel que convenu, Tom vint installer le tapis, le concierge installa un revêtement de plancher tout neuf ainsi que les corderons, tel que promis par le proprio.

Lorsque Tom s'apprêta à partir, il voulut la prendre dans ses bras pour l'embrasser.

- Qu'est-ce que tu fais?

- White, je suis désolé de la tournure des événements mais il n'y avait pas d'autre solution.

- Ça, je le sais! rétorqua-t-elle, surprise qu'il se sente obligé de commenter les événements.

- Écoute….. laissons les choses se tasser et dans quelques mois, je t'achèterai une maison ici où nous serons bien.

White n'en crut pas ses oreilles et son cœur cessa de battre.

- Tu as perdu l'esprit ou quoi? Tu ne sembles pas comprendre que je t'ai quitté, c'est fini Tom!

- Ne dis pas cela voyons! dit-il en essayant encore une fois de la prendre dans ses bras. Je sais que ce n'est pas facile mais tu sais que nous sommes faits pour vivre ensemble, ajouta-t-il. Je sais maintenant que ta vie et celle de tes enfants est ici. Laisse-moi régler mes choses avec ma femme et nous trouverons une solution.

Celle-là, elle savait l'avoir déjà entendue et secoua la tête en signe de refus.

- Tu ne sais plus ce que tu dis, dit-elle, incrédule, lui tournant le dos en se frottant les tympans.

Il essaya à nouveau de s'approcher d'elle mais elle le repoussa de toutes ses forces.

- Je te remercie pour ton aide Tom mais maintenant, je te demande de sortir de chez moi. Ici, c'est ma vie et tu n'y as aucune place, va-t-en.

Cette nuit-là, White pleura, croyant ne plus pouvoir s'arrêter et s'endormit sur le tapis de sa chambre, épuisée.

Josée Papineau
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