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CERTAINS JOUENT PAR OREILLE

Normand Lebeau  

Au fil des siècles, les instruments les plus hétéroclites se sont succédé pour contribuer à la richesse de l'histoire musicale. Il existe une infinité d'instruments, dont certains sont étonnants. Question de sortir des sentiers battus, explorons quelques instruments un peu particuliers.  Si plusieurs sont semblables par leur forme, quand il s'agit d'homonymes, il y a possibilité de confusion, c'est le cas de la cithare grecque et du sitar indien.

Le nom de cithare a été utilisé maintes fois pour désigner des instruments complètement différents. Dans l'Antiquité, ce nom désignait tous les instruments à cordes pincées tendues au-dessus d'une table de résonance et généralement dépourvus de manche. Elle a souvent été confondue avec la lyre, instrument à cordes du Moyen-Âge, utilisé de nos jours par des ensembles de musique ancienne.

Le sitar indien qui nécessite de longues années d'apprentissage, est le principal instrument du Khyal, musique classique de l'Inde du Nord. Il s'agit également d'un instrument à cordes pincées dont le manche est taillé dans du tun ou du teck et son résonateur principal est fait d'une calebasse.  Il existe deux sortes de sitar, soit un premier type comportant 13 cordes dite sympathiques et un second type plus petit à 11 cordes, conçu pour une plus grande rapidité de jeu.

Le didjeridoo est un instrument à vent utilisé par les Aborigènes australiens pour accompagner les chants et les danses. Il s'agit d'une pièce de bois assez droite, creuse et légèrement conique qui se joue comme une trompette. L'instrument est coupé dans une branche d'arbre ou un petit tronc qui est ensuite creusé par les termites. Il a une longueur de 1 m à 1,50 m et son embouchure est façonnée avec de la cire d'abeille. Le son est produit par la vibration des lèvres desserrées du musicien qui utilise la technique de la respiration circulaire permettant d'inspirer tout en continuant à émettre le son. La note grave ainsi produite est enrichie par les modulations du musicien.

En 1952, Bernard et François Baschet, inventeurs de la guitare gonflable, se servirent des principes de l'archet de verre et de la tige encastrée dans une plaque lourde pour réaliser un instrument de musique, soit le cristal Baschet. Celui-ci est formé de 54 tiges de verre. accordées chromatiquement, frottées par les doigts mouillés. Contrairement au glassharmonica ou orgue de verre formé d'un nombre variable de bols en cristal, en verre ou en quartz, la vibration du verre est transmise à la plaque lourde par une tige en métal de longueur variable qui en détermine la fréquence ou note. Le compositeur japonais Takemitsu fut inspiré par cet instrument.

Parmi les premiers instruments électriques au monde et le seul de cette période à avoir suscité un vaste répertoire et à être pratiqué aujourd'hui encore, on retrouve les ondes Martenot, du nom de l'inventeur Maurice Martenot. Étonné de la pureté des vibrations produites par les lampes dont on fait varier l'intensité à partir d'un condensateur, il a mis au point cet instrument monophonique, composé de 3 diffuseurs: soit d'un haut-parleur traditionnel, de cordes placées sur une caisse de résonance permettent au son de se prolonger en vibrant par sympathie et d'une sorte
de gong mise en vibration par un moteur. Boulez et Messiaen ont composé pour les ondes Martenot.

Toutefois, la palme de la bizarrerie revient à un musicien hors du commun qui jouait d'un instrument qui ne coûte rien, soit de la flûte anale! Joseph Pujol, dit Le Pétomane, un Marseillais effervescent né en 1857, connut un succès colossal et devint l'artiste de variété le mieux payé de son époque.

Joseph Pujol a certainement ouvert à l'art, dans cette époque un peu guindée de la fin du XIXe siècle, des portes insoupçonnées. Il choqua Paris en montant sur scène vêtu d'un magnifique costume de velours rouge découpé à l'endroit de son seul instrument : son rectum. À priori risible, c'est pourtant un personnage complexe, injustement oublié de l'histoire.

Dans sa prime jeunesse, il avait eu la révélation des exceptionnelles possibilités de son rectum dans sa baignoire. Le phénomène débuta sa carrière au Moulin Rouge en 1892, au moment où la capitale commençait à imposer le tout-à-l'égout ainsi qu'une stricte morale hygiéniste. Toute référence à la défécation ou aux mauvaises odeurs était dorénavant considérée comme une atteinte aux bonne mours. Dans ce contexte, le pet pouvait être utilisé pour faire scandale et servir d'arme redoutable pour tourner en dérision la société de l'époque. Joseph Pujol diversifiait ses imitations. Parmi ses plus célèbres, on retrouve le pet d'une petite fille, d'une jeune fille, d'une belle-mère, d'une mariée le soir de ses noces, de la même au lendemain de ses noces (plus affirmé). Il imitait aussi le déchirement d'une pièce d'étoffe, le son du canon et le bruit du tonnerre.

Son talent rare fit qu'il se retrouva à Paris en 1892 pour présenter son spectacle au Moulin-Rouge. « Le Pétomane, le seul artiste qui ne paie pas de droits d'auteur », pouvait-on lire sur l'affiche. Sur scène, il débutait par des boniments d'usage (question d'étiquette, respect des anus et coutumes). Il disait, entre autres, que ses parents s'étaient ruinés en parfumant son anus! Pujol procédait par la suite à des exercices d'inspiration, pour remplir son tube digestif d'air. Selon le degré de tension de l'anus, il produisait des bruits et des timbres variés (avis aux collectionneurs de timbres postes et rieurs) : ténor, basse, baryton et imitait divers instruments : contrebasse, tambour, violon (et vous vous en doutez bien, il excellait sur le plan des percussions) et j'empeste, pardon j'en passe. Plus étonnant encore, il réussissait à produire des refrains tels que Au clair de la lune ou Le bon roi Dagobert!

Il pouvait péter fortement de 10 à 12 fois d'affilée et même produire un son pendant 10 à 15 secondes. Pujol pouvait éteindre une bougie à 30 centimètres de distance (ce qu'aucun mécano de la GM n'est en mesure d'accomplir). Mais le moment fort de son spectacle, c'était lorsqu'il introduisait un tube dans son anus avec, à l'autre extrémité une cigarette qu'il fumait! Par la suite, il se servait du tube pour produire des sons de flûte. Il terminait son spectacle en soufflant les becs de gaz de l'avant-scène. Il était courant de voir des femmes qui s'évanouissaient dans la salle, non pas à cause de l'odeur, mais de rire, étouffées dans leur corset!

Son numéro a rapporté 20 mille francs (quand on dit que l'argent n'a pas d'odeur) par jour au Moulin-Rouge durant trois ans, alors que Sarah Bernhardt, même au sommet de sa gloire, n'a jamais fait plus de 8 mille francs. Pujol continua à se produire dans son propre théâtre forain jusqu'à la Première guerre. Il péta pour de bon en 1945 à l'âge de 88 ans. D'ici la prochaine chronique, bon vent.