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PETITE PLUME JAUNE

Oriane Des Roches 

En cette belle journée resplendissante alors que le soleil vivifiant accentuait le coloris des feuilles d'automne qui tapissaient le sol, oncle Richard décida de ratisser le terrain, histoire de se mettre en forme tout en écoutant les chants harmonieux des oiseaux matinaux qui l'égayaient.

 Ce matin-là, frais et dispos, bien concentré sur son travail de moinillon, il entendit une fausse note, comme celle d'un gémissement d'un oiseau malade, venant des profondeurs des bois qui prolongeaient l'immensité de son terrain. Il laissa tomber spontanément son râteau sur le sol humide et s'enfonça lentement dans les bois à la recherche de ce cri perdu qui se répercutait à travers la mêlée de chants joyeux de ses congénères. Tout à coup, il aperçut au pied d'un mélèze un oiseau de petite taille, à longue queue, au plumage multicolore, d'allure tout à fait exotique, venant d'une lointaine contrée étrangère et qui paraissait épuisé, faible. Il se pencha vers lui, le prit tout doucement dans ses mains et tout en le caressant, lui parlait pour éloigner sa frayeur et ainsi l'examiner davantage. Il pensa tout de suite qu'il tenait entre ses doigts une petite perruche qui, contrairement au perroquet, est dépourvue de la parole. Il l'amena dans sa maison et lui présenta de l'eau fraîche dans le creux de sa main. Mais ne sachant pas de quoi l'oiseau se nourrissait, il se rendit à l'animalerie la plus près de chez lui et acheta quelques graines appelées "délices du jardin". De retour à la maison, il constata que l'oiseau n'avait pas touché à l'eau laissée dans un petit bol sur la grande table de la cuisine et qu'il était resté dans la même position où il l'avait laissé en le quittant. Allongé de tout son long, il semblait inconscient.   Comme c'était le début du week-end et qu'il était trop tard pour aller chez le vétérinaire, oncle Richard très peiné et malheureux se mit à l'oeuvre et lui prodigua lui-même des soins méticuleux. Il décida d'abord de laver le beau plumage de l'oiseau comme pour le désinfecter et découvrit qu'en-dessous de son aile droite, recouverte de sang séché, se cachait une plume d'un jaune lumineux. Il nettoya la plaie et la pansa. Patiemment, il le veilla toute la nuit durant tout en lui injectant, de temps à autre, de l'eau dans le bec, au compte-gouttes. Au petit matin, voyant le progrès accompli par la force de la nature ainsi que ses efforts, son coeur se réjouit et il décida alors de l'appeler Petite Plume Jaune, comme un rayon de soleil. 

 De jour en jour, la perruche reprenait des forces et elle se mit graduellement à se déplacer à l'intérieur de la maison.  Il pensa donc que le moment était venu de lui trouver un autre foyer qui lui offrirait également le sentiment de liberté qui était indispensable à sa survie et à son bonheur.  Car inquiet, il pensa à Sumatra, sa chatte au long poil blanc immaculé, symbole de pureté, qui avait les oreilles aux aguets et les yeux avides. De fait, elle avait naturellement une grande attirance pour les plus petits animaux avec qui elle aimait s'amuser avec un désir ardent de les dévorer après les avoir fait rouler dans sa bouche. Il fallait donc s'en méfier. 

 Il pensa tout de suite à son neveu, Maxime, ce petit d'homme âgé de 5 ans et demi, enfant unique qui avait certainement besoin de compagnie. Comme oncle Richard était habile de ses mains, il construisit, dès le lendemain, une grande cage afin de la transporter jusqu'à la maison des parents de Maxime qui avaient trouvé l'idée géniale et se réjouissaient d'adopter cette petite perruche qui allait bientôt distraire et égayer la vie de leur fils. Petite Plume Jaune se retrouva donc en liberté car on lui laissait toujours ouverte la porte de sa cage afin qu'elle puisse circuler librement à l'intérieur comme au dehors. Rapidement, elle se mit à voltiger au-dessus de la tête de Maxime et se déplaçait partout dans les grandes pièces de la maison. Tantôt on la retrouvait juchée sur le foyer, tantôt sur le piano ou encore sur la commode où elle pouvait mieux observer Maxime penché sur sa table à dessin, son endroit privilégié. Enfin, depuis qu'elle a recouvré la santé, elle va et vient d'un endroit à l'autre, selon ses humeurs et la lumière du jour. Le moment le plus réjouissant et charmant fut lorsqu'elle s'est mise à chanter et émettre des sons. Comme elle scrutait chaque recoin de sa cage, on la surprit à se regarder dans le miroir que la maman de Maxime avait pris soin d'installer, sachant d'emblée que les perruches ont la réputation d'être très coquettes.  On lui présenta aussi, sur son perchoir, une petite compagne en plastique qu'elle n'a de cesse de bécotter.

 Quelques jours plus tard, la maman de Maxime voulut l'apprivoiser en la mettant sur son doigt. Un soir, elle l'amena à Maxime pour qu'il l'apprivoise à son tour et lui dit:  "essaie de la mettre tout seul sur ton doigt". Maxime, un peu hésitant, commença d'abord avec l'aide d'un bâton qu'il tint de sa main droite comme la baguette d'un chef d'orchestre, attendant nerveusement que les petites pattes de Plume Jaune s'agrippent harmonieusement d'elles-mêmes tout au bout. Le lendemain, il accepta de la prendre sur son doigt et, de sa joue, la caressa. Ce fut un moment inoubliable, heureux, il s'écria fièrement mais tremblant légèrement:  "j'ai réussi, papa".      

  Depuis, quand Maxime prend son bain, sa maman amène Petite Plume Jaune avec lui et l'installe sur le bord, ayant observé qu'elle n'est nullement intéressée à tremper le bout de sa patte ou plonger la tête dans son propre petit bain d'eau placée à son exclusivité dans sa cage. Maxime prend plaisir à l'asperger d'eau et elle consent à son jeu, rafraîchissant ainsi son plumage en le rendant doux et brillant comme de la soie.

  Quelque temps plus tard, à l'occasion de son sixième anniversaire, Maxime invita chez lui son meilleur ami, Simon, qui fit pour la première fois connaissance avec Petite Plume Jaune. Le lendemain de la fête, Simon éprouvait des certains symptômes, tels que des éternuements, des larmoiements. Sa mère l'amena chez le médecin qui diagnostiqua une allergie aux animaux. Quelque peu inquiète, la mère de Simon téléphona aux parents de Maxime pour les informer que son fils était allergique à l'oiseau exotique et que désormais, il ne retournerait plus chez Maxime tant que la perruche y séjournerait.   

 Maxime était très attaché à Petite Plume Jaune devenue l'unique, l'indispensable et jamais, à aucun prix, il ne la sacrifierait. Il n'était nullement question qu'elle reprenne le chemin des bois, le long parcours vers son pays d'origine, l'Afrique, le Brésil..., personne ne savait d'où elle venait précisément. Mais ce dont Maxime était sûr c'est qu'elle était heureuse à l'intérieur de sa maison car elle y retrouve de la nourriture en abondance et surtout de l'amour qui n'existe pas dehors, dans la nature.

 Le temps passa et Maxime avait beaucoup de chagrin de ne pas revoir son meilleur ami chez lui, même s'il le voyait à l'école, il ne comprenait pas toujours les raisonnements des grandes personnes et encore moins pourquoi on le privait de sa joie d'être avec Simon et de partager ses jeux, ses rires...  Aussi, comme à l'habitude, quand il est triste, Maxime reprend ses dessins. Penché sur sa table, crayonnant sur sa feuille, en attente d'inspiration dans un parfait silence, il fut soudain ébloui par un rayon de soleil. Il redressa la tête pour apercevoir Petite Plume Jaune qui l'observait. Il se mit spontanément à lui raconter sa peine...

 Tout à coup, l'oiseau lui répondit:  «Écoute bien mon secret Maxime car je peux t'aider. Outre la parole, sache que je possède des pouvoirs magiques comme celui de transformer et d'embellir les choses fades de la vie et même, sur commande, de devenir invisible. C'est à toi que je transmets ces facultés peu communes car je connais la grandeur de ta bonté et la sincérité de ton coeur. Penche un peu ta tête et regarde là juste en-dessous de ma blessure, tu as remarqué la tache d'un jaune serin, clair et vif, sur cette longue plume.  Pose ta main et prends-la, elle glissera d'elle-même car je suis en train de muer et garde-la très précieusement près de ta table à dessin. Elle deviendra ta PLUME D'OR, c'est ainsi qu'on m'appelait dans mon pays d'origine. Grâce à elle et ta persévérance, tes dessins auront la magie de plaire car ils parleront au coeur de l'homme. Aussi, chaque fois que tu voudras revoir ton ami Simon à la maison, tu n'auras qu'à prendre ta PLUME D'OR et la caresser de tes mains douces et je comprendrai qu'il est temps pour moi de me rendre invisible. J'irai alors me percher sur la cîme des arbres où nul ne me verra et je réapparaîtrai lorsque tu me feras un signe en répétant le même geste avec ta PLUME D'OR et je saurai que c'est toi qui m'appelles grâce au lien invisible qui unit les êtres qui s'aiment. Que ce soit en dessinant, en chantant, en dansant, l'important est que tu rendes le dedans pareil comme le dehors, en harmonie... Aussi, lorsque tu seras triste, rappelle-toi que Petite Plume Jaune t'a légué tous ses pouvoirs de transformer ta peine en JOIE en te servant de ton imaginaire qui est aussi vrai et puissant que le réel ou la raison...