Vous cherchez une auto familiale, une idée de décoration, de rénovation. un voyage vacance, un bijou, une banque, un produit naturel écologique, une vitamine santé, un restaurant, un vétérinaire.

Autres textes

 

 

TERREUR À LONGUEUIL

 

Normand Lebeau  

Il y a 5 ans, par un bel après-midi d'automne, au retour d'une randonnée pédestre fort plaisante dans l'Estrie avec le groupe Jass, nous prenions la direction de Longueuil pour aller souper en groupe au Relais Terrapin, une ancienne taverne de la rue St-Charles, recyclée en brasserie. Comme c'est la coutume au sein de ce club social pour célibataires, nous avons fait du covoiturage. Le conducteur, un homme au tempérament festif, appelons-le M. Bellehumeur, ne cessait de chanter Macarena, ce qui était bon signe pour l'atmosphère du trajet, à condition bien sûr de ne pas se mettre à la danser avec le volant dans les mains (comme il m'est déjà arrivé avec un chauffeur de taxi Jamaïcain). Arrivés les derniers, nous avons tout juste eu le temps, en nous précipitant vers le buffet, de goûter à la spécialité-maison, soit le rôti de boeuf dont il ne restait que quelques portions. Le repas fut agréable, la conversation animée et la dame qui nous accompagnait durant le trajet et qui avait laissé son auto près du métro Longueuil, articulée et d'agréable compagnie, semblait plaire à M. Bellehumeur, un homme de taille moyenne à la chevelure frisée noire qui se proclamait en toute modestie le meilleur danseur de macarena du Mile-End. Bref, rien ne laissait présager un dénouement dramatique. Une fois la facture acquittée, nous sortons du resto, souriants et repus. Mes deux compagnons poursuivent la conversation sur le trottoir. Puis, pendant que les éventuels tourtereaux (j'aurais parié sur un éventuel échange de microbes) échangeaient anecdotes sur anecdotes, j'ai aperçu au loin un homme hirsute qui venait dans notre direction. Selon toute évidence, il s'agissait d'un clochard. M. Bellehumeur était à raconter une de ses folles aventures de jeunesse quand, le dos tourné à l'inconnu qui venait vers nous, il se retourna et l'autre lui posa une question. Je pense qu'il voulait simplement avoir l'heure, mais M. Bellehumeur, apercevant le colosse, d'une dimension avoisinant celle du séduisant Grand Antonio, est pris d'effroi et nous regarde, les yeux exorbités. L'homme lui demande autre chose et notre « lift » recule de quelques pas, puis de quelques autres pour finalement se lancer dans une imitation improvisée de Bruny Surin. Interloqués, la dame et moi décidons d'un commun accord de courir derrière M. Bellehumeur, sous peine de regagner notre domicile à pied. Le plus drôle, c'est que le balourd s'est mis à courir derrière nous. Nous avions l'air de trois ahuris pourchassés par le yéti. Finalement, après avoir semé l'inconnu qui avait terrifié notre conducteur, nous avons regagné le stationnement et l'auto et pris place à l'intérieur. Deux rues plus loin, nous avons aperçu l'énorme  mendiant qui regardait dans toutes les directions et nous avons rigolé comme des mouettes (car il était gros et lent...). Avec tout ça, la dame avait récupéré son auto dans le stationnement du métro et moi et M. Bellehumeur avons ri durant le trajet de retour vers le centre-ville. Le lendemain, j'ai raconté notre aventure à un ami qui demeure à proximité de la rue St-Charles et il m'a dit en riant qu'il s'agissait d'un itinérant un peu attardé et tout à fait inoffensif. L'histoire ne dit pas si mes deux compagnons de route se sont revus pour danser la Macarena...