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VISION
Le 31 décembre 2001

Oriane Des Roches 

J'ai parcouru la Grèce d'île en île, de ruine en ruine, et me suis arrêtée au théâtre de Delphes pour y contempler la scène du monde.  A l'aube, dans le brouillard, j'osai interroger longuement les oracles et j'appris que la nuit du dernier jour du dernier mois de l'an 2001, Perlina sortira des rapides glacés pour se baigner dans des eaux pures et calmes, avec des sensations universelles.

Je désire me laver et me guérir de tous les maux des hommes, ainsi aurais-je l'impression qu'à nouveau le pacte du respect sacré de la vie a une valeur plus grande que celle d'un simple grain de sable.

Je voudrais ressentir la JOIE qui m'unit aux eaux des quelques sources naturelles non polluées et convier tous les hommes à danser en cercle lors de la grande fête consacrée à la célébration d'un heureux événement: l'ère du Verseau, appelant la venue d'une conscience nouvelle, telle, entre autres, la volonté commune de préserver la pureté de ce qui est essentiel à nos vies, l' eau

O homme de peu de foi, je t'ai envoyé sur cette terre non pas pour accomplir le miracle du «bonheur» tant espéré par tes frères/soeurs, mais pour te sauver toi-même. 

O toi, femme, qu'attends-tu de moi?  Moi qui, au fond du gouffre, entends tes gémissements coulant le long de la Roche Pleureuse dont ta voix mielleuse en assourdit les cris.  Me donneras-tu seulement l'occasion de revivre dans une oasis où séjourne la paix?

Je rêve, j'invente des images encore inconnues et qui battent en moi. Il me semble qu'en face de toi l'horreur de mes blessures s'efface car je pardonne à ceux qui m'ont bafouée et agressée par leurs paroles ou leurs gestes.  Je me sens libre de créer un regard neuf et coloré, un espace rempli de fraîcheur et une atmosphère de douceur, où je peux camper et me reposer à la lueur d'un feu dans cet univers intime que j'aime car tu me permets de voir la lumière qui est profondément enfouie toute en moi.  Je veux retrouver l'être simple, passionnément humain...

Quelque part au fond du silence de la nuit, j'écoute battre nos coeurs à l'unisson après avoir participé à ma joie d'exister où la chair mendiante d'amour nous a permis de créer des moments de chaleur intense, fugitifs, mais dont nous jouissons.  Je suis attirée par la magie de l'Art de vivre, celui qui se crée et ne s'enseigne pas - c'est ainsi - et nous sommes le 31 décembre 2001.  Entre l'extase et l'ennui, je n'ai qu'une soif, celle d'aimer et de danser sur cette terre au rythme de mon élan qui se nomme créativité.  Pieds nus, comme une esclave, je marche à mon tour à côté de l'ombre de ta souffrance qui s'est immiscée entre nous et dont nous partageons secrètement le lourd fardeau, en te promettant d'extraire la beauté divine qui rayonne en toi, tout en espérant l'apparition de la fin de cette épreuve sociale.  M'accorderas-tu seulement une danse (sans me piler sur les pieds) lors de cette fête ... ou encore un simple geste de générosité non calculé, tout comme le poète Marcel Dugas qui, après avoir vendu que neuf exemplaires de son petit recueil exquis publié à compte d'auteur, distribue le trop plein au gré de sa fantaisie, à une personne croisée sur son chemin, dans la rue, l'autobus, dont le visage lui plaît.

Je vis à une époque étonnante de folle liberté.  Je me débarrasse des faux-semblants, des préjugés, des conventions, je peux dire non à ce qui ne convient plus à mon âme en évolution.  Je suis tout comme toi, embarquée dans l'aventure de la vie, cette vilaine galère.  Je suis entourée de rêveurs, de chômeurs en quête d'emploi et de dignité, de réfugiés venus des quatre coins du monde qui émettent des sons incompréhensibles à mes oreilles non polyglottes et qui achètent leurs billets de loterie, de gens qui souffrent et s'en remettent aux -logues, tels allergologue, psychologue, sexologue et j'en passe.  On ne sait trop pourquoi...  L'homme serait-il devenu allergique à lui-même?  A force de courir après sa queue peut-être finira-t-il par la mordre?  Tout aussi difficile de comprendre pourquoi on s'accroche un anneau au nombril ou au sourcil.  I like it, dit-elle et je veux qu'on m'aime ainsi. 

Je me réveille et regarde par la fenêtre s'opacifiant de givre, surprise de voir un changement subit de décor, le sol est recouvert de son manteau blanc et moi vêtue d'un pyjama de velours bleu de chine de ma soeur, je m'émerveille encore de tant de fraternité, d'amour inconditionnel et, m'inquiète du lendemain.  Cela s'appelle vivre sur «le fil du rasoir»... et toi tu es là qui me regardes et m'écoutes... tout en me faisant partager les cris/rires de ta précieuse petite Laurie qui viendra ce week-end encore se blottir entre nos corps chauds dans nos draps froissés et qui ajoutera des onces d'amour aux ingrédients du gâteau de fête que nous préparerons.  J'entends les pas feutrés de la chatte dont la couleur se confond avec la neige et qui, par son ronronnement, nous signifie son désir de se joindre à nous et tout cela suffit à me distraire de mon état nébuleux.

Je mourrai seule au bord des eaux limpides où je t'ai connu, toi qui m'as initiée à la splendeur touchante de la beauté. Regarde-toi dans le miroir transparent de la source d'où jaillira la Naïade qui ne demande qu'à t'aimer de manière authentique.  D'entre toutes les femmes, le Hasard t'a conduit vers cette infatigable nageuse, à la longue chevelure rousse, aux formes apparentes fermes mais barbotant dans des eaux fragiles et agitées.  Attiré par son magnétisme et son «sex-appeal» tu t'es penché vers elle, en laissant sur le bord du rivage tes vieilles nippes, présage d'une renaissance.

Entièrement nu devant elle, le désir jaillit en toi de te purifier avant de te présenter à elle:  «Me voici, je suis l'enfant de l'air, un sylphe, moins qu'un rêve...», mais j'aspire à la lumière.

Approche-toi, dit-elle, vois ton visage dans mon miroir qui reflète l'abandon et regarde la transparence de mon désir.  Je veux que nous goûtions, dans les grandes eaux de la vie, une joie réelle du temps qui coule, au ralenti.  En puisant dans les profondeurs où nous plongerons, un diamant doit jaillir de la plus belle eau. 

O toi ami, en cette nuit de poésie, lève ton verre, même si ce n'est pas du grand cru, et buvons à la sainte coupe de la vie car nous avons encore une traversée avant d'atteindre l'autre rive.  D'ici là, offrons le meilleur de nous-mêmes et cela malgré le fait que tu t'acharnes à me marteler les oreilles en répétant sans cesse que tu n'as rien à m'offrir... ton coeur serait-il pauvre à ce point?

Écrit à l'Ile-Verte (Notre-Dame-des-sept-douleurs)