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La femme de mots

  par Lucie Poirier 

Flétrie de regrets, fatiguée de l'enfance prolongée, sacrifiée sur l'hôtel du défoulement enragé, elle saigne.

La blessée traîne ses meurtrissures à travers la poussière de la ville putride.

L'abusée promène ses fêlures le long du faux progrès des rues éventrées.

L'abandonnée dissimule mal les salissures de son âme flagrante quand il faut épier avant d'attaquer les plus vulnérables.

Sa robe déchirée révèle les lèvres de la plaie qui balafre son sein trop formé, trop féminin, trop obsédant.

Illusionnée, elle a insisté pour exister consolée, estimée, réunifiée.

Elle a réclamé en vain les mots honnis, bannis, abolis.

Dans une ascension lumineuse, nimbée d'affection, elle aurait accédé à la voute protectrice d'une vie délestée des cicatrices infligées dans le sillage du langage trahi.

L'édification du mensonge réimposé caractérise la déflagration de la hargne privative d'espoir, de confiance, d'épanouissement.

Elle a gardé compulsivement les vestiges de ses rêves évanescents avant de les égarer, de les perdre à jamais.

La quête sincèrement exprimée ne favorise pas l'Amour qui comblerait le vide abyssal.

Réduite à sa demande inutile, méprisée avec ses réflexes généreux, elle peine à continuer sans apaisement.

Elle a écharpé des moments uniques, des possibilités heureuses pour se précipiter, pour péricliter, en appelant ses bourreaux à l'aide.

Les traitres ne guérissent pas leurs victimes.

L'arduité de la parole précise isole l'idéaliste qui persévère à soigner les fleurs de la Poésie.

Elle a accompagné le bruissement de la respiration des agonisants en écrivant les discours qui seraient prononcés.

Elle s'est dévouée avec des phrases dites pour les autres, inédites pour elle.

Ses yeux de soie ont des teintes de peur, des nuances de tristesse et les éclats mats de la résignation.

Elle est sublime de vérité sous le règne de la médiocrité et de la Beauté bafouée.

La virulence insiste là où la sensibilité souffre.