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Retour aux sources

  par Bernard Anton

Avez-vous remarqué la grande absente de cette crise sanitaire que nous vivons depuis près de deux-trois mois ? Non, ce n'est pas l'économie, ni l'industrie, ni la culture, ni l'école, ni l'activité touristique ou sportive, tous suspendus. C'est l'institution Église.
Depuis plusieurs semaines, elle ne se fait pas trop visible au Québec, mais discrète, voire muette, derrière ses portes closes. On dirait qu'elle n'a rien à dire. Elle n'a pas livré aux « fidèles » le message d'amour et d'espoir qui constituent ses deux poumons. À son tour confinée, même en pleine semaine de Pâques (du jamais vu), qui est le temps le plus fort de l'année, elle n'a pas donné de nouvelles, ici, ni à ceux qui ne cessent d'agoniser, perdus entre la vie et la mort. Ses ministres se sont éclipsés, sûrement à cause de leur âge avancé, dans leur vase clos, pour sauver leur peau. Ne reconnaît-on pas la densité et la véracité de l'amour à sa spontanéité ?

Les citoyens n'ont plus besoin d'elle. Désintérêt total. Elle ne signifie plus grand-chose pour eux. Depuis longtemps qu'ils l'ont rejetée à cause de sa rigidité anxiogène. Son langage n'est plus significatif ni nourrissant, mais creux, désincarné. Interlocutrice inutile sans leadership constructif. Ils vivent seuls leurs drames existentiels inédits et se débrouillent d'une façon autonome, sans sa guidance, loin de ses édifices vides, tout en se portant bien. Elle s'est révélée du coup, tel que déclaré, un service non essentiel.

Une distance considérable, pour ne pas dire un fossé abyssal, se trace depuis des décennies entre son discours obsolète et la réalité quotidienne. Sa didactique séculaire désuète ne répond plus à l'expérience actuelle, à l'urgence de l'amour et du service fraternel. Sur la place publique, préposés, infirmières, médecins sont les vrais prêtres. Legault et Arruda, les pontifes dirigeants.

Les citoyens ont pris en main leur foi adulte, reléguée à l'espace privé, comme il se doit. Ils sont revenus, sans le savoir, au pattern original vécu durant les trois premiers siècles de notre ère, soudain fidèles à l'image néotestamentaire où l'on décrit les premières communautés chrétiennes en prière chez elles « dans le secret de la chambre », exactement tel que réclamé par le fondateur.

Pur retour aux sources, au paradigme originel exigé ! Aucune mention n'avait été formulée, il y a deux mille ans, pour construire une institution richissime et multinationale. Aucune demande de bâtir un empire hiérarchique, monarchique, totalitaire, bancaire et politique. Mais un recueillement silencieux, confiné dans son foyer, entre quatre murs, une vie d'intériorité entre sa conscience et son créateur.
Hasard ou coïncidence ? Le déplacement de la pratique de la foi s'est effectué harmonieusement grâce à la pandémie de la COVID-19. Déplacement naturel du collectif à l'individuel. De l'ostentatoire au plus intime et central. Ce glissement fonctionne et semble vivable. La mise en œuvre de ce recueillement individuel répond au besoin, sans formalisme.

C'est le visage décapé et sain de la véritable Église domestique, qui veut dire communauté d'individus mûrs dans leur foi, désintéressés de la combine autoritariste, normative et incongrue. Libérés de tout joug, de toute emprise inutile, ils vivent leurs authentiques pratiques spirituelles à domicile, en famille, hors du poids du lieu institutionnel, d'une façon dépouillée, sans le superflu. C'est exactement ce qui est préconisé dans les évangiles. C'est la procédure primitive régulière adoptée durant les trois premiers siècles de la chrétienté.

Cette libération de la limitation et de la mainmise institutionnelle constitue, aujourd'hui, un clivage révolutionnaire d'une grande importance. Cette distanciation du sujet croyant par rapport aux endroits de culte (légitimée par les autorités) ne doit pas passer inaperçu. C'est une réappropriation d'une praxis ancestrale fidèle à la tradition. L'expérience actuelle nous prouve sa faisabilité. C'est un renversement majeur qui autorise la liberté spirituelle créatrice domestique, comme jadis.

Nous sommes face à une reconfiguration inédite de l'autonomisation de l'acte de méditer chez soi loin des institutions, tel que stipulé comme norme dès le début. Ces « cellules d'Église » mises en mouvement sont plausibles, même dans le temps le plus fort de l'année, car le vrai christianisme n'est pas une secte communautariste, mais un art de vivre dans la charité, la magnanimité et le partage, sur le carreau et non sous des voûtes dorées.

Est-ce prémonitoire ? Pourvu que cette modalité ancienne, qui ressuscite aujourd'hui en force, germe et se maintienne dans le futur. Pourvu que cette dynamique exceptionnelle devienne habituelle aux générations et à la vie post-covidales.