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Chronique cinéma
Février 2014

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

Février, mois de la St-Valentin alors que le cinéma nous montre des histoires dans lesquelles l'Amour se décline selon les êtres, selon les relations, selon les tensions, les obligations, et les aspirations, contrariées, favorisées, dans Quelques heures de printemps et dans Jack Ryan : recrue dans l'ombre. Pour la réplique du mois En souvenir, nous retrouverons Cyrano de Bergerac.

EN ANALYSE

Quelques heures de printemps

Des pas. Des clés. Une voix confirme : « Libérable ». Puis, Alain, 48 ans, est dans un train. Il a l'air accablé. Plan titre : Quelques heures de printemps réalisé par Stéphane Brizé d'après un scénario de Brizé et Florence Vignon.

Une cuisine, banale. Une chienne, Calie. Une maman, Yvette. Un voisin, M. Lalouette.

Brizé se spécialise de plus en plus dans la captation de l'intime, dans la mise en scène de la gravité, avec des scènes longues, des plans séquences. Il nous installe dans le réel. La mère est malade. Calie est affectueuse. La mère et le fils mangent en regardant la télé. Les plombs sautent à cause de la cafetière. Les compotes d'Yvette sont le régal du voisin. D'ailleurs, M. Lalouette assure qu'il aurait aidé Alain s'il lui avait dit qu'il avait besoin d'argent. Alain revient de 18 mois en prison parce qu'il avait « passé des trucs à la frontière » quand il était chauffeur de poids lourd. Et Yvette n'est allée le voir que 2 fois pendant tout ce temps. Yvette fait du ménage dans ses photos. Alain travaille au tri sur une courroie de convoyage pour le recyclage. Il joue aux quilles et remarque Clémence avec laquelle il commence une relation. Yvette et le voisin font un puzzle. Elle se « mélange dans les morceaux blancs ». Alain apporte ses sacs réutilisables au supermarché. L'infime est significatif, le détail, percutant.

Le temps passerait sans égratignure ni brèche mais, la maladie d'Yvette c'est le cancer du cerveau. La docteure le dit à Alain, elle en est « là où on ne peut plus revenir en arrière ». Et Alain découvre des documents demandés par Yvette sur le protocole du suicide assisté en Suisse.

Sans pathos, Brizé inflige l'intolérable, l'inexorable. Dans ce délai bref s'impose la dernière chance d'un rapprochement pour cette mère et ce fils laconiques, impatients, irascibles, qui se déchirent, se blessent dans une intimité obstinée, maladroite.

À travers la tragédie du quotidien, la menace de l'échéance est implacable. Les gens de l'association en Suisse viennent préciser la date et les conditions. Cette rencontre inclut un moment intense : « Est-ce que vous pourriez nous dire si vous avez eu une belle vie? » et le monsieur de l'association ajoute : « C'est une vie unique. Vous êtes quelqu'un de très précieux ».

L'essentiel s'exprime au moment ultime. Yvette doit se placer dans un lit, prendre un comprimé, deux liquides, quand elle s'assure : « Je t'ai bien donné les clés de la maison ? » Le pragmatisme révèle une tardive bienveillance. La scène se déroule en temps réel, c'est la dernière chance de dire : « Je t'aime mon garçon. Je t'aime fort » et d'ajouter : « Moi aussi je t'aime ». L'éloquence de la simplicité.

La mise en scène est minutieuse, Vincent Lindon et Hélène Vincent assurent une interprétation juste, entre délicatesse et violence. Avec Quelques heures de printemps , Brizé a réussi un chef d'œuvre.

Ce sujet de l'euthanasie est au cœur du documentaire Epilogue de Manno Lanssens, analysé dans ma chronique de septembre 2011. Quant à la fiction de Brizé, elle est considérée en France comme un film qui réveille les consciences et le président François Hollande a demandé qu'il lui soit projeté.

Jack Ryan : la recrue dans l'ombre

Qu'ont donc à voir les loups avec le plus récent film du personnage Jack Ryan? En 1990, Kevin Costner s'était vu proposé le rôle dans À la poursuite d'Octobre rouge et il l'avait refusé pour tourner Danse avec les loups. Puis, le film Jack Ryan devait sortir à l'automne 2013 mais la sortie a été retardée à cause du film Loup de Wall Street de Martin Scorsese.

Le personnage Jack Ryan est apparu en 1984 dans les romans de Tom Clancy dont plusieurs ont été adaptés au grand écran. Cette fois, l'histoire est originale. Les scénaristes, Kenneth Branagh, Adam Cozad, David Koepp, Anthony Peckham, Steven Zaillan ont concocté des péripéties autour du personnage tout en maintenant certains aspects dont l'accident d'hélicoptère.

 

 

 

BANDES ANNONCES

FILMS RÉFÉRÉS AU COURS DE LA CHRONIQUE :

  • Quelques heures de printemps Stéphane Brizé, 2012
  • Epilogue Manno Lanssens, 2011
  • Jack Ryan : recrue dans l'ombre Kenneth Branagh, 2013
  • Pas de printemps pour Marnie Alfred Hitchcock, 1964
  • Mademoiselle Chambon
    Stéphane Brizé, 2009
  • Harold et Maude Hal Ashby, 1971
  • Le sergent John Flynn, 1968
  • Le secret de Brokeback Mountain
    Ang Lee, 2005
  • Don Juan Alan Crosland, 1926
  • Cyrano de Bergerac Jean-Paul Rappeneau, 1990

 

Le film ouvre avec la Grande Roue de Londres et le profil du jeune Jack (Chris Pine) la tête sur ses bouquins d'économie. Il constate sur toutes les chaines de télé les attentats du 11 septembre 2001. 18 mois plus tard, le lieutenant Ryan est dans un hélicoptère en Afghanistan . Accident, hôpital, il est remarqué par William Harper de la CIA (Kevin Costner) et par la docteure Cathy (Keira Knightley).

10 ans ont passé. Jack Ryan travaille pour le commandant Harper en tant qu'analyste aux renseignements financiers pour détecter l'argent des terroristes tout en étant employé dans une banque. Un travail de bureau qui se transforme soudainement en travail de terrain. En effet , un partenaire russe cache des comptes et seul Ryan qui comprend les données peut se rendre à Moscou rencontrer Viktor Cherevin (Kenneth Branagh).

Dès son arrivée, il est victime d'une tentative d'assassinat dont il se sort en tuant un civil. Certes, la scène rappelle James Bond, le plus reconnu des agents sous couverture, sauf que Ryan n'a pas le meurtre désinvolte. Il est bouleversé. Ce tourment humanise le personnage et contribue à ce qu'il soit plausible. Il téléphone à la Docteure Cathy, sa fiancée et lui dit : «Je t'aime désespérément. Continue de croire en moi».

La mission de Ryan se complexifie, Cathy le rejoint et y participe. Elle rencontre Viktor qui lui dit : «Je préfère le dialogue au bavardage ». Elle comprend que c'est un homme désespéré qui va mourir à cause d'une maladie. Il lui admet : «Les regrets s'empilent autour de nous comme les livres qu'on n'a pas lus ». Il a donc prévu un acte terroriste suivi d'émeutes, de rationnement et d'une seconde grande dépression économique

Un méchant interprété par Kenneth Branagh c'est une performance d'acteur qui en fait un homme troublé, et non une caricature. Le regard qu'il porte sur Cathy quand il comprend qu'elle l'a trahi est un grand moment lors duquel il mêle colère et déception, vengeance et peine. Kenneth Branagh est admirable.

Il y a des cascades dues aux 35 cascadeurs qui ont participé au tournage mais il ne s'agit pas que d'un film d'action, il y a une intrigue d'espionnage.

Le personnage de Jack Ryan exprime des sentiments et performe avec des cascades, on peut s'identifier à lui, il est de dimension humaine. De plus, on croit aux situations, elles sont plausibles. Jack Ryan : recrue dans l'ombre de Kenneth Branagh est un film d'une intelligence subtile sous haute tension, un très bon film.

EN SOUVENIR

La St-Valentin, le 14 février, rappelle l'importance de l'Amour. L'Amour s'incarne dans le couple, dans la famille, dans l'amitié, entre des êtres, des groupes, des peuples. On pense avec bienveillance, on agit par Amour. L'Amour exige et gratifie. On a des peines d'amour mais on vit la joie de l'Amour. On se dénude par amour mais on est nimbé par l'Amour.

Expression de l'amour, le baiser peut être donné à quelqu'un qu'on admire ainsi que je l'ai fait à Monsieur Frédérich Back en prenant sa main lors d'une rencontre que je relatais dans ma chronique à l'été 2013.

Au cinéma, le baiser est sensuel dans la scène qui réunit en plein orage Tipi Hedren et Sean Connery dans Pas de printemps pour Marnie d'Alfred Hitchcock en 1964, le baiser est ému dans la scène réunissant Sandrine Kiberlain et Vincent Lindon dans Mademoiselle Chambon de Stéphane Brizé en 2009, le baiser est inusité avec Ruth Gordon et Bud Cort dans Harold et Maude d'Hal Ashby en 1971, le baiser est volé par Rod Steiger à John Phillip Law dans Le sergent de John Flynn en 1968 bien avant le baiser entre Jake Gyllenhaal et Heath Ledger dans Le secret de Brokeback Mountain d'Ang Lee en 2005, le baiser est fréquent dans Don Juan d'Alan Crosland en 1926 avec John Barrymore puisque pendant les 2 heures 47 minutes du film il y a 191 scènes de baisers soit 1 toutes les 53 secondes.

Cette photo me réunit au beau Vincent Perez qui incarnait Christian dans
Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau en 1990. Paroxysme de l'histoire d'amour contrarié, de l'être blessé qui pleure en écrivant son affection, l'histoire de ce grand poète éperdu est magnifiquement interprétée par Gérard Depardieu. Dans cette œuvre d'Edmond Rostand, où les mots touchent plus que les armes, où l'esprit compte plus que la force, le héros écrit : « Je suis entre vos mains…Cette lettre c'est moi » Roxane, jouée par Anne Brochet, incarne l'intelligence, la beauté, le raffinement, elle a des qualités rarement attribuées aux femmes dans les grandes pièces jusqu'alors. D'ailleurs, Sarah Bernard jouait des rôles d'hommes pour interpréter des personnages consistants. Roxane est instruite et peu impressionnable. Il faut donc la ferveur et l'érudition, le charme et la sincérité de Cyrano pour gagner son cœur. Elle reçoit de nombreuses lettres, car il écrit, écrit, jusqu'à ce qu'elle se sente défaillir, jusqu'à la scène du baiser cueilli au balcon quand il déclare : « Un baiser, mais à tout prendre, qu'est-ce ? Un serment fait d'un peu plus près, une promesse Plus précise, un aveu qui veut se confirmer, Un point rose qu'on met sur l'i du verbe aimer ; C'est un secret qui prend la bouche pour oreille, Un instant d'infini qui fait un bruit d'abeille, Une communication ayant un goût de fleur, Une façon d'un peu se respirer le cœur, Et d'un peu se goûter, au bord des lèvres, l'âme ! »