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Chronique cinéma
décembre 2011

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

Spécial Cinémania et fin du Spécial FNC.

Estimable et sympathique, Cinémania, le Festival du Film Francophone, se déroule chaque année en novembre. Sa caractéristique, musique qui introduit les commanditaires, amorce chaque projection. Cet événement perdure depuis 17 ans, sans subvention gouvernementale, grâce à sa fondatrice Maidy Teitelbaum et à sa ferveur inégalée pour le cinéma en langue française. Mes entretiens, avant et pendant, l'événement m'ont permis de recueillir des détails sur le travail entourant un film et son inscription dans un festival : l'apport d'un organisateur, Guilhem Caillard et celui d'un réalisateur, Cédric Klapisch. Cinémania résulte de ce parcours, quand les affinités mènent à l'art. De plus, un dernier retour sur le Festival du Nouveau Cinéma met en évidence, avec Wim Wenders, dont la cinématographie bénéficie d'un rayonnement international, que les plus grands peuvent être les plus sympathiques.

EN ENTREVUE (CINÉMANIA)

Cliquez ici pour entendre l'interview avec Guilhem Caillard

Guilhem Caillard, coordonnateur à la programmation de la 17e édition de l'incontournable festival des films francophones en Amérique, s'est entretenu avec moi : «Depuis mars, on travaille intensément sur cette programmation. À partir du moment où on fait la conférence de presse tout est libéré. On est très content parce qu'on a une super programmation. Être coordonnateur à la programmation c'est travailler en très haute collaboration avec la directrice générale Nathalie Bélanger et notre présidente et fondatrice, cette chère Maidy Teitelbaum, pour savoir ce qu'on va montrer pendant le festival. C'est beaucoup d'échanges entre nous trois. Moi, mon travail c'était faire des recherches sur les films, trouver dans les festivals, à travers nos connaissances, nos réseaux, les magazines professionnels, en France, en Belgique, Maidy est allée à Cannes. J'étais en Europe en janvier, mais le principal déplacement a été fait par Maidy pour présenter un échantillon représentatif de la production française et belge de l'année en cours. On essaie de faire un échantillon le plus divers possible et du coup, qui soit le plus passionnant.»

Cinémania a accueilli
Cédric Klapisch pour présenter sa plus récente réalisation. Avant l'affaire DSK, avant la crise sociale internationale, avant le Occupy Wall Street , avant le mouvement mondial d'occupation par les indignés, Cédric Klapisch, faisant preuve de perspective, a scénarisé et tourné Ma part du gâteau. Porté par une conviction qui devrait orienter notre industrie cinématographique, il considère qu'il «faut faire du cinéma pour avertir, pas seulement pour divertir».

Une réjouissance d'anniversaire est interrompue par la tentative de suicide de France, mère célibataire de trois enfants qui, comme les 1200 employés de la Sifranor à Dunkerque, vient de perdre son emploi. Le générique alterne les vues d'usines polluantes, de quartiers pauvres, de containeurs au port.

À 42 ans, France (Karin Viard) n'a ni dettes ni crédits mais, à cause de la délocalisation et de ses conséquences, elle a une question : «Est-ce que j'aurais pu imaginer le réveil de la Chine, moi?» Simultanément, Stéphane, appelez-le Steve (Gilles Lellouche), trader depuis 15 ans à Londres, ouvre seul une succursale à Paris, blotti dans un appartement luxueux, géométrique, aux tons sombres qu'éclairent de larges et hautes fenêtres.

 

 

 

BANDES ANNONCES

FILMS TRAITÉS EN ANALYSE :

Ma part du gâteau Cédric Klapisch, 2011
La permission de minuit Delphine Gleize, 2010
Des vents contraires Jalil Lespert, 2011
Polisse Awein, 2011
Ora Philippe Baylaucq, 2011
Pina Wim Wenders, 2011
La guerre est déclarée Valérie Donzelli, 2011

FILMS RÉFÉRÉS AU COURS DE LA CHRONIQUE :

Les Ailes du Désir Wim Wenders, 1987
Christine Cristina Stefania Sandrelli, 2009

Pendant que les collègues de France constatent : «Nous les faibles, on est rien sans le collectif» et qu'elle-même reçoit un conseil «Selon la psy, il faut que j'accepte que je vais mal», Steve prépare son offensive auprès de Tessa, une superbe mannequin qu'il croit impressionner en l'amenant à Venise dans un avion qu'il pilote.

France confie ses trois enfants à sa sœur, part à Paris, fait un stage pour femmes de ménage immigrées. Zinedine Soualem, fidèle interprète des films de Klapisch, est Ahmed qui dirige l'agence d'emploi et fait remarquer à France : «Avec la délocalisation, vous êtes comme une immigrée dans votre pays».

Évidemment, elle devient l'employée de Steve, l'obsédé du business, le suffisant qui méprise. Alors que France écoute la chanson Les rois du monde, Tessa assène à Steve : «Tu pourras jamais avoir une femme qui t'aime. Tu sais pas donner. Tu sais pas partager.»

Soudain, Alban, le jeune fils de Steve, débarque pour un mois. Steve implore France «Vous n'allez me laisser seul avec lui?» et le petit garçon demande : «Pourquoi tu t'en vas tout le temps si t'es mon papa?».

France accompagne donc sans cesse le père et l'enfant et est introduite dans le monde des puissants qui dominent et contrôlent principalement grâce aux containers permettant le transport des marchandises. Ces containers accostent à Dunkerque la ville de France. C'est alors qu'elle découvre que Steve a participé à la fermeture de la Sifranor et qu'il avait parié qu'il coucherait avec elle (oui, il a gagné son pari. La sordidité inclut la disponibilité sexuelle de la femme).

À la fin du film, la foule scande le prénom de celle qu'il réclame : France. J'ai donc demandé à Cédric Klapisch pourquoi il avait choisi ce prénom.

«Peu de choses sont par hasard. C'est le bon film pour oser. Elle représente 99% des Français» m'a-t-il répondu avant d'ajouter : «Tout ce qu vous voyez est copié sur des choses qui ont existé, coté syndicat, coté finance. J'ai fait beaucoup de recherches, passé beaucoup de temps avec des gens. L'opposition est entre des gens normaux et des gens qui ne le sont plus. Quand je montre le film, je dois parler avec des traders pour les convaincre que c'est la réalité. Et la réalité est pire. J'avais besoin de décrire ce que j'observais. On peut rire de tout ça mais pour réfléchir mieux à ces contrastes insupportables.»

EN ANALYSE (CINÉMANIA)

Il faut louer le talent d'acteur de Vincent Lindon qui se dévoue avec conviction dans le rôle de David pour La permission de minuit scénarisé et réalisé par Delphine Gleize. La prémisse bancale désavantage le déroulement du film. David soigne un ado, Romain, qu'il a connu quand il avait 2 ans. Romain a été son 1er XP du nom de la maladie xeroderma pigmentosum, un enfant de la lune, un enfant souffrant d'une hypersensibilité aux rayons UV.

David est plus qu'un médecin pour Romain : un père substitut (il lui apprend le rasage de la barbe) un ami (il lui parle de la 1e fois qu'il a fait l'amour «les corps se sont débrouillés») un complice (il fait ses devoirs à sa place) un généreux donateur (il paie 5000 euros pour remplacer les ampoules du terrain de foot ce qui permet à Romain de jouer le soir sous des ampoules sans UV).

Or, quand une demande d'emploi à l'OMS, faite 12 ans plus tôt, se concrétise, David ne sait pas comment l'annoncer à Romain. Pourquoi cette relation qui dépassait le lien médecin/client ne pourrait-elle pas continuer puisque ce qui fait sa richesse est en dehors du contexte médical?

Les vérités n'étant pas admises et dites, tout empire. Jusqu'à ce que David demande finalement, simplement : «Appelle-moi. J'aime bien».

Des vents contraires de Jalil Lespert était projeté en première mondiale lors de Cinémania. Paul et Sarah se sont parlés pour la dernière fois en se disputant. En colère, la mère de Clément et Manon a laissé son mari pour aller à son travail et n'est jamais revenue. Un an plus tard, Paul n'est plus soupçonné relativement à la disparition de sa femme, il tente d'écrire un autre roman et retourne à Saint-Malo qu'il avait quitté le 14 mai 2002. Ses enfants vont fréquenter l'école Louise Labbé. Il donne des cours de conduite automobile à l'école de son frère, Alex.

Paul est maladroit avec son fils, avec son élève Justine, avec son frère mais noue des liens d'amitié avec Samir, un déménageur qui a lui aussi un fils et lui apprend : «après un trou noir, il y a Dieu, après un trou noir, tout s'éclaire».

Dans ce film, c'est la performance du jeune Hugo Fernandes, dans le rôle de Clément, le jeune fils de Paul, qui tire des larmes des plus endurcis.

Ayant aussi nécessité la participation d'enfants,
Polisse d'Awein se déroule dans les locaux de la BMP, la Brigade de protection des mineurs. Par l'intermédiaire de cette équipe, quelques cas d'enfants sont présentés dont celui d'une adolescente de 14 ans qui a aidé 3 copains à violer une fille et ceux d'enfants sous la férule d'un proxénète roumain, vivant dans des caravanes et qui sont incités aux délits.

L'importance du langage verbal est souvent relevé : «Je ne vois pas pourquoi, parce que je m'exprime bien, je ne peux pas être respecté», «la meilleure façon de la protéger, c'est de dire la vérité».

Des bourdes se succèdent dans le scénario et la réalisation : Pourquoi Nadine ment-elle sans cesse à sa collègue? Pourquoi la photographe Melissa est-elle intégrée à une mission de camouflage dont elle cause, bien sûr, l'échec? Pourquoi Iris se suicide-t-elle quand elle apprend sa nomination? Pourquoi une adolescente banalise-t-elle sa propension à faire des fellations pour obtenir ce qu'elle veut? Pourquoi des enfants arrachés à leur famille en vêtements de nuit ne sont-ils pas amenés de façon sécuritaire par la police mais font-ils du break dancing et du pool dance dans un autobus alors que l'agente Nadine est dépassée par la situation? Pourquoi l'incompétence des policiers est-elle plus évidente que les traumatismes des jeunes?

Sous des velléités de profondeur, des faits sensationnalistes sont lancés soudainement sans introduction, conclusion ou explication. Les moyens pour préparer, réaliser et monter ce film ont été extraordinaires, la réception aussi, le film s'est mérité le Prix du Jury à Cannes et le Prix du Public Mel Hoppenheim à Cinémania. Hélas, l'approche reste sans nuance, complaisante. L'abus sexuel des enfants est une réalité trop complexe pour que ce film superficiel contribue à comprendre les victimes, les prédateurs, les enjeux, les causes, les conséquences. Maïwenn s'est adjointe une co-scénariste, a regardé beaucoup de documentaires, accompagné plusieurs équipes, dirigé plusieurs improvisations avec les comédiens. Ne dit-on pas que trop c'est comme pas assez?

EN ENTREVUE (FNC)

Dernier retour sur le Festival du Nouveau Cinéma avec une projection qui réunissait deux cinéastes intéressés à la danse.

Après de multiples démarches, Philippe Baylaucq a utilisé des caméras pour l'application scientifique ou militaires afin de filmer
Ora. Il a donc capté la chaleur des corps en mouvement pendant que les danseurs exécutaient la chorégraphie de José Navas. «Je remercie ces danseurs magnifiques de chaleur. Nous allons voir la chaleur de la lumière de la vie» déclarait-il avant la projection de son court métrage inspiré du tableau de Gauguin : D'où venons-nous? Que sommes-nous? Où allons-nous? (1897). Il ajoutait : «J'ai fait un film avec des couleurs. J'avais un stéréographe de post-production extraordinaire. Il faut accueillir le hasard qui arrive à la table, découvrir des choses qui viennent en cours. La caméra infrarouge permet de mesurer les pertes de chaleur des édifices, des sportifs. On a tourné aux États-unis. Ensuite, je devais retrouver à travers la danse un filon narratif. C'était un travail d'apprentissage pour moi.»

Lors de la même soirée, le récent film de Wim Wenders,
Pina, consacré à la danseuse et chorégraphe Pina Bausch, était projeté en présence du réalisateur.

Wim Wenders fascine par son talent de cinéaste certes mais aussi par son dynamisme, sa drôlerie, son inventivité, son intelligence. Spontanément, il m'a surprise, étonnée, amusée lorsque Claude Chamberland nous a photographiés. Il m'a parlé de la célèbre chorégraphe décédée :

«Pina et moi avons été de bons amis. On a rêvé pendant 20 ans de faire ce film. Je ne savais pas comment rendre justice à l'essence de son travail. J'ai vu plein de films de danse et je ne savais pas comment le faire. Il y a 4 ans j'ai vu le film U2 in 3D Je me suis rendue compte qu'il y avait un outil pour faire le film. On a travaillé pendant 2 ans. On en avait rêvé pendant 20 ans et 2 mois avant le tournage Pina agonisait. Je voulais abandonner, les danseurs ont continué le travail et m'ont convaincu d'aboutir le projet.»

«Quand j'ai découvert la danse, je croyais que ça n'allait pas me concerner. Ma compagne d'alors Solveig (Domartin) m'a amené voir Café Müller, un spectacle de Pina; créée en 1978, cette œuvre est fondamentale dans le corpus de la chorégraphe qui y a exprimé une partie de ses souvenirs d'enfance en plaçant sur scène des chaises et des tables rappelant l'hôtel de ses parents. C'était quelque chose qui a changé ma vie, ça m'a montré plus sur les relations entre les femmes et les hommes que tous les films. Je ne crois pas que j'aurais fait Les Ailes du Désir (1987) sans Pina. Elle a changé ma vie. Les danseurs de Pina sont aussi des acteurs mais avec Pina c'est une honnêteté radicale; ils ont appris à ne pas jouer des rôles. Ils étaient eux-mêmes. Dans mes films, les acteurs sont prêts à s'impliquer avec leur propre vécu. Le film c'était aussi un travail de deuil, on a dit Adieu et Merci.»

«Le solo de chaque danseur réunissait des choses qu'ils avaient travaillées avec Pina. Elle posait des questions et ils devaient répondre avec leur corps. Jamais dans un film avant je suis allé aussi loin sans parole. Ce film va avoir une grande influence sur quoi que je fasse après. C'était intense. Surtout pour le travail des corps. En appliquant a méthode de Pina, poser des questions, chacun me montrait sa réponse dans la salle de répétition. Je choisissais 1 réponse. Nous n'avions plus le théâtre et la scène. Pour la 3D, pour que la dimension fonctionne, pour chaque réponse donnée par le danseur, j'ai proposé le lieu, je donnais ça au danseur, en fonction de l'espace et de ce que le lieu pouvait apporter au danseur.»

«Le travail de Pina a beaucoup changé ma vision de la femme; elle a créé des personnages de femmes courageuses, fortes et faibles. J'ai vu toutes les pièces de Pina, ça laisse une empreinte. Les metteurs en scène, on a l'impression qu'on sait bien des choses sur les acteurs et le travail des corps. L'exactitude du travail de Pina donne l'impression qu'on est des analphabètes du langage des corps. Ça m'a donné un courage et une modestie car Pina est allée plus loin dans les relations entre les femmes et les hommes. Pina m'a montré un univers que je ne connaissais pas, qui va plus loin que ce que nous imaginons au cinéma.»

«Cassavetes ce qu'il faisait avec ses acteurs, ça se rapprochait de Pina. Elle ne s'imposait pas, elle regardait, regardait, elle ne donnait pas des indications, elle posait des questions.»

Dans le film Pina, les danseurs expriment leurs souvenirs et leurs éloges : «Tu as toujours l'impression que tu es plus qu'un être humain quand tu travailles avec Pina» Une danseuse se rappelle qu'elle lui avait dit : «Tu es la plus fragile, c'est ta force».

Dans Ora cette évidente chaleur des corps captée par la caméra infrarouge est perceptible par son effet sur la peau des danseurs; dans Pina,  sur la scène couverte de terre, les corps en sueur accumulent la poussière qui lève du sol et les colore.

Pina Bausch repoussait les occasions de captation de son art scénique. C'est donc une belle trace que laissent Philippe Baylaucq avec Ora et Wim Wenders avec Pina en réconciliant la danse et le cinéma;

EN ANALYSE (FNC)

Valérie Donzelli a réussi un film nuancé, attachant, stimulant l'empathie, en scénarisant, réalisant et interprétant La guerre est déclarée.

Un jeune couple, Roméo (Jérémie Elkaïm) et Juliette (Valérie Donzelli), découvre que leur fils, Adam, est atteint d'une maladie qui exige de nombreux traitements. Or, dans la vie, Elkaïm et Donzelli ont traversé cette épreuve. Elle tenait un journal sur ce qui concernait leur enfant Gabriel; ce carnet a été utilisé dans l'élaboration du scénario.

Dans ce film, tout est maîtrisé avec nuance, dosé avec subtilité. Loin du misérabilisme, le couple sait rester amoureux, solidaire et même actif : ils continuent à prendre soin de leur propre santé en faisant du jogging, sociable en allant dans des partys. Leur vitalité les aide à juguler leurs efforts contre l'adversité représentée par la maladie certes mais aussi par les difficultés financières.

La pédiatre est sympathique, dans sa concentration sur le cas d'Adam, elle décroche le téléphone en plastique pour enfant au lieu du sien. Les grands-parents sont aussi réquisitionnés bien qu'ils se rencontrent pour la 1e fois quand Adam a 1½ an sans qu'on sache pourquoi ils ne se connaissaient pas déjà. Mais, surtout, les protagonistes sont présentés de façon attachante et symbiotique, nous les accompagnons en les comprenant et en les aimant.

À cause de son asymétrie faciale, la pédiatre recommande au couple d'amener Adam chez le neurologue. Ne pouvant dormir avant la rencontre, ils écoutent la radio, on rapporte la situation en Irak ce qui fait dire à Juliette : «Ça y est, la guerre est déclarée». Il s'agit d'une métaphore habilement amenée. D'ailleurs, le travail sur la bande sonore est varié : intervention d'un narrateur et de deux narratrices, images sans le son (les paroles ne sont pas audibles mais les gens s'effondrent en apprenant qu'il s'agit d'une tumeur au cerveau) et chansons d'amour.

Les procédés narratifs du film empruntent à différents genres y compris la comédie musicale. L'alternance de ton, du loufoque au dramatique, confère au rythme une sollicitation soutenue et au déroulement un caractère naturel.

L'objectif du couple est de se faire la vie douce de façon à rester positif et à avoir la force de continuer. Introduction de la blague : Quelle est la différence entre Dieu et un chirurgien? Dieu ne se prend pas pour un chirurgien, juste avant que Juliette et Roméo doivent dormir à l'hôpital, soient réveillés par la lumière, doivent s'habiller vite et accompagner le petit dans un grand lit ressemblant à une cage. La scène est réussie, inquiétante, énorme sans esbroufe.

«Il faut tenir». Adam a 2 ans et il a un cancer. Échec du traitement. Dispute des grands-parents qui ont oublié les pyjamas. Vente de l'appartement. Ils embauchent une intervenante pour s'occuper d'Adam le matin. Ils vivent dans la maison des parents. Ils font de la luge. «J'ai la haine. Pourquoi c'est tombé sur nous? J'aurais jamais pu vivre ça avec quelqu'un d'autre que toi?»

Puis, la narratrice nous annonce : «Pendant 2 ans, ils faisaient bonne figure, ils n'avaient pas trop le choix. L'épuisement, la solitude, la séparation.» Ils sont restés solides, détruits certes mais solides.

Finalement, Adam a 8 ans. Le cancer est en rémission. Très loin des clichés, la dernière scène est insoutenable de beauté et d'émotion. La guerre est déclarée fait la démonstration de la force de la vie, du courage de l'amour, de grands thèmes traités avec adresse. Le film a été principalement tourné avec un appareil photo. La réalisatrice relate : «Un appareil photo qui filme, c'est dément parce que personne ne peut soupçonner qu'on fait un film… La mise en scène a été pensée de manière à obtenir le meilleur potentiel de cet appareil. Par exemple , le point étant difficile à faire, alors que j'imaginais au départ un film à l'épaule, on a beaucoup plus découpé et filmé sur pied. Les seuls plans tournés en 35 mm, ce sont les plans de fin, car ils sont au ralenti, et je voulais de beaux ralentis, ce qui est plus difficile à faire avec l'appareil photo".  La guerre est déclarée a été retenu lors des présélections pour représenter la France aux Oscars.

EN SOUVENIR

Voici, de retour, la réplique du mois en souvenir. Elle est extraite d'un film consacré à une poétesse médiévale, Christine de Pisan, dont les réflexions sont toujours actuelles.

Depuis le Printemps Arabe, les diplômés espagnols du 15 mai, la grève générale en Grèce, les marches en France, les manifestations en Islande, au Portugal, en Tunisie, en Belgique, le Occupy Wall Street, la journée mondiale des indignés le 15 octobre 2011 dite Journée mondiale de la colère dans 1 500 villes de 82 pays, les campements pacifistes se sont établis pour contester la dérive du capitalisme, du néo-libéralisme, de la mondialisation, pour exprimer le désabusement qu'inspirent les politiciens, pour réclamer des conditions de vie en fonction des besoins de base alors que la population croule sous le chômage, les dettes, les crises économiques, les scandales financiers, la suprématie des banques, la dilapidation des fonds publics.

Au Québec, de plus en plus de gens n'ont pas les moyens de s'alimenter : aux assistés sociaux, personnes âgées, étudiants, les travailleurs rémunérés s'ajoutent en constituant maintenant 13% des demandeurs d'aide alimentaire. La planète fournit suffisamment de ressources pour nourrir tout le monde mais l'absence de volonté de répartition égalitaire empêche l'accès à une alimentation saine.

De plus en plus de gens n'ont pas les moyens de se loger : les loyers sont augmentés sans que des instances interviennent. Depuis 3 ans , 9 locataires sur 10 constatent une hausse abusive. Les statistiques prouvent que les décisions de la Régie du logement favorisent les locateurs. La construction de logements sociaux est insuffisante. L'itinérance augmente. En 1963, le juge Émile J. Boucher, dans son rapport sur l'assistance publique (page 118) recommandait des principes de « justice sociale. L'État n'a pas à se préoccuper d'être charitable ; il a cependant le devoir d'être juste. C'est pourquoi il importe qu'il reconnaisse clairement le droit du citoyen à l'assistance. » Or, les prestations du bien-être social, en tenant compte de l'inflation, sont plus basses maintenant que dans les années 80. En 1993, 1998 et 2006, l'ONU a blâmé le Québec et le Canada pour leurs négligences en matière de pauvreté, de logement, d'alimentation et d'itinérance.

De plus en plus de gens n'ont plus accès aux soins de santé, à la justice et à la scolarité, devenus des privilèges et non des droits. La population est taxée, elle paie pour des services insuffisants, voire médiocres. Les pauvres sont de plus en plus blâmés de leur malheur. Les indignés se sont organisés, ont construit des abris alors que les défavorisés sont accusés d'être des paresseux sans initiatives. La perte de confiance envers l'État s'accentue. Dans leur désespoir, des sacrifiés sont prêts à persévérer jusqu'à l'arrestation, jusqu'à la mort. Gaz lacrymogènes, coups de matraque, démantèlements de campements, arrestations et décès constituent la riposte aux réclamations des exclus qui se mobilisent.

Fréquemment, les protestataires disent constituer 99% de la population. 99% des gens n'ont pas 99% de l'argent. 99% de laissés pour compte. 99% d'exploités pour 1% de profiteurs. Qui sait qu'il y a des siècles, déjà, une poétesse s'insurgeait contre les inégalités sociales indispensables pour qu'une minorité reste au-dessus d'une majorité dont elle tire parti? L'actrice et cinéaste Stefania Sandrelli a consacré sa 1e réalisation à la poétesse Christine de Pisan (1364-1430) à ses accomplissements artistiques et à ses idéaux humanistes. Le film méritait une large distribution à cause des qualités du scénario, de l'interprétation et de la réalisation qui appuyaient l'occasion de découvrir une femme d'exception, une visionnaire, une altruiste. Déjà, à l'époque médiévale, Cristina da Pizzano relevait le déséquilibre qui cause le malheur du monde en demandant : «Combien de pauvres faut-il pour faire un riche?»