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Autres textes

 

Chronique cinéma
ÉTÉ 2015

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

Phoenix, Love and Mercy, deux films géniaux sur l'Amour. Eden film ambitieux sur la French Touch et Sumé, the Sound of the Revolution film révélateur d'un groupe rock du Groenland prouvent tous deux les liens entre cinéma et musique. Temps des vacances pour certains, l'été reste une saison de travail en cinéma ainsi que l'atteste cette chronique double. Les Festivals Présence Autochtone, Les Percéides, le Festival des Films du Monde, pourront satisfaire les cinéphiles. Vous lirez qu'enfin, au Québec, on favorise une reconnaissance d'Alice Guy. Vous aurez des nouvelles de Samuel Thivierge, de Martin Villeneuve, Stéphane Brizé, Denys Desjardins. Cette chronique sera en ligne pendant deux mois, observons que le mythe de Pygmalion créant Galatée s'est décliné dans deux films traités ici : Phoenix et Ruby Sparks, que Paul Dano a joué dans deux films dont il sera question plus avant, Love and Mercy et Ruby Sparks, que le personnage de Brian Wilson est interprété par deux acteurs dans le film Love and Mercy : John Cusack et Paul Dano. Et vous découvrirez la réplique du mois de la section En Souvenir.

EN ANALYSE

01_Phoenix_en_analyse Phoenix de Christian Petzold

Deux femmes la nuit dans une auto qui arrête devant des gardes à une barrière. La conductrice affirme que sa passagère, dont le visage est couvert de bandages, n'est pas Eva Braun. Le soldat exige de voir le visage de la passagère. Elle commence à défaire les bandages, cadrage sur le soldat ahuri qui s'excuse. Qu'a-t-il vu?

J'avais analysé Barbara, le précédent film de Christian Petzold, dans ma chronique cinéma de mars 2013.  Le réalisateur a une fois de plus rassemblé ses principaux collaborateurs : l'actrice Nina Hoss (cinquième fois depuis 2003), l'acteur Ronald Zehrfeld, le scénariste Harun Farocki, le chef opérateur Hans Fromm. Il a misé sur des valeurs sures.

Bien qu'il ait été inspiré par le roman Le retour des cendres d'Hubert Monteilhet paru en 1961, Petzold en a dégagé un film riche davantage de parcours humains que d'imbroglios factuels. C'est la troisième fois que le roman de Monteilheit est adapté : avant Le retour d'Élisabeth Wolff de Josée Dayan en 1982, Return from the ashes, un film en noir et blanc de J. Lee Thompson en 1965, mettait davantage en évidence les rebondissements et les péripéties, la surprise finale, intéressante, tenait plus du genre policier. Celle de Christian Petzold concerne le bouleversement humain.

Phoenix est un film d'amour, un film d'acteurs, un film d'auteur. Donc, sur la trame d'une intrigue se développe une thématique du double, de la représentation, de la ressemblance qui trompe, avec des beautés d'interprétation, de valeur, d'art.

Nelly Lenz est sortie d'un camp nazi, défigurée au point de cacher son visage sous des bandages. Elle rencontre un médecin pour être opérée. Son amie Lene l'aide à traverser une reconstruction faciale et un retour à la vie. On l'a crue morte, c'est ce qui l'a sauvée . Elle lui confirme que sa fortune l'attend puisque son décès n'a pas été confirmé. Mais, Nelly n'est intéressée que par la possibilité de retrouver Johnny Lenz, son mari qui était pianiste alors qu'elle était chanteuse. Aussi, quand le chirurgien lui demande à qui elle voudrait ressembler, elle lui répond qu'elle veut être comme avant. 

Après son opération, Nelly demande à Lene : « Tu me reconnaîtrais? » Elle erre la nuit à la recherche de son mari. Elle le retrouve, serveur au Phoenix, un bar américain. Il ne la reconnaît pas. Pour lui, elle n'est qu'une autre « rescapée de l'enfer nazi » (1) mais, considérant sa ressemblance avec sa femme, il lui propose de se faire passer pour elle, de réclamer son argent et de le partager. Johnny commence donc à former la rescapée des camps pour qu'elle ressemble à sa femme.

Nous sommes donc en présence d'un homme qui commande à une femme ce qu'elle doit être. Cette thématique du double est métaphorisée par le miroir : dans les ruines de sa maison, Nelly aperçoit son nouveau visage dans la double réflexion d'un miroir brisé. Elle se voit simultanément deux fois. Comme elle est elle-même deux fois, une fois parce qu'elle est celle qu'on croit disparue et une autre fois parce qu'elle l'incarne pour la supercherie.

Pour la thématique de la représentation, de la forme qui suggère l'original, Petzold utilise aussi l'ombre : dans la nuit, elle aperçoit d'abord l'ombre d'une femme, puis la femme, elle voit l'ombre d'un homme puis l'homme; cet homme, elle croit qu'il est Johnny, profitant de la méprse, l'homme de l'ombre vole l'argent de son sac à main.

Le réalisateur utilise l'image, celle des revues, celle de la star : quand le chirurgien énumère les actrices auxquelles il pourrait la faire ressembler et quand Johnny donne à Nelly la revue Mon cinéma avec la photo de la superbe actrice et inventrice Hedy Lamarr en couverture.

La métaphore du double est aussi dans les deux chanteuses du bar Phoenix, dans la paire d'yeux dessinée dans le dos de l'une d'elles, dans cet oiseau qui est lui-même et qui est autre en renaissant de ses cendres.

Phoenix ou la ressemblance qui trompe. Johnny critique la rescapée, entre autres, sur sa démarche, suscitant ainsi chez le public un questionnement sur la connaissance qu'il avait de sa femme. Il veut même la renvoyer car il la considère trop différente. Elle le supplie : « Bitte! Bitte! » Car il y a là un aspect primordial du film, Nelly est éperdument amoureuse de Johnny.

Son amie Lene lui rappelle que Johnny a été arrêté le 4 octobre 1944, qu'il a été relâché et qu'elle a été arrêtée le 6 octobre 1944. Il l'aurait dénoncée. Dans sa volonté de retrouver le Johnny qui a été son mari, celui qu'elle aime, qu'elle idéalise, et pour faire correspondre son idéalisation avec la réalité, elle aussi à son tour tente de transformer l'autre; elle propose à Johnny de dire qu'il a été relâché pour être suivi et que c'est ce qui explique qu'elle ait été arrêtée. Elle ne veut pas de la version selon laquelle il l'a dénoncée. Le questionnement engendré par le film concerne alors l'authenticité; Nelly entraînée dans une tromperie veut aussi se tromper elle-même et amener l'autre à confirmer l'histoire qu'elle s'invente.

Cette histoire d'amour absolu émerge de l'élaboration de la duperie grâce à l'interprétation de Nina Hoss, de ses regards, de ses mouvements, de tout son être tendu vers Johnny. Elle confirme encore son talent. Tout comme Ronald Zehrfeld. Le beau médecin amoureux de sa collègue dans Barbara est dans Phoenix un monstre de cupidité, son talent nous fait oublier les nuances sentimentales qu'il déployait dans le précédent film de Petzold. Jusqu'à la fin il est d'une froideur implacable. Il excelle dans la dernière scène. En effet, Nelly propose de chanter et qu'il l'accompagne. La voix chevrotante de Nelly devient plus assurée et l'arrogance caractéristique de Johnny se transforme en une multitude d'émotions que Zehrfeld communique par sa seule expression.

Petzold a raison de miser sur ses acteurs et il les favorise par sa mise en scène. Tourné à raison de 8 heures par jour pendant 36 jours, le réalisateur s'est concentré sur les huis clos, les conversations entre Lene et Nelly dans un bel appartement et celles entre Nelly et Johnny dans un sous-sol glauque. Or, bien qu'il y ait aussi des décors à grands déploiements, Petzold n'y a tourné que des scènes brèves. C'est ce qui se passe, se trame, se révèle entre les êtres qui importe.

Avec Phoenix, Christian Petzold a encore réalisé un film sur le pouvoir de l'Amour confronté à la nature du monstre qui peut se tapir dans l'ombre, certes, mais, aussi, dans l'être.

(1) Rescapée de l'enfer nazi Reine Charrier 1967 Livre publié par les éditions CKVL. Que de lectures édifiantes ai-je faites dans mon enfance! En effet, ce récit autobiographique avait été publié par la station de radio pour laquelle travaillait l'auteure et j'ai lu, encore enfant, ce témoignage spécifiquement féminin sur la deuxième guerre. Cette lecture a-t-elle contribué à mes précoces convictions pacifistes? J'en garde le souvenir d'un point de vue de femme et d'un texte qui aurait pu être suivi d'une adaptation cinématographique. Aujourd'hui oubliée, cette personnalité d'exception a pourtant mérité entre autres la Médaille de la Résistance française, la Croix de guerre belge et un parchemin de gratitude d'Eisenhower.

02_en_analyse_Love_and_MercyLove and Mercy de Bill Pohlad

"Pour ceux qui souffrent de problèmes similaires, qu'ils soient artistes ou simplement d'une sensibilité particulière , le monde peut se montrer très dur. Je crois que c'est important de raconter cette histoire pour nous amener tous à nous interroger sur la façon dont on peut juger d'autres gens comme étranges ou inadaptés" Cette conviction de Bill Pohlad l'a déterminé à réaliser un film de précisions éloquentes à propos d'un génie du monde musical aussi accablé que doué.

Aux États-Unis, dans les années 60, trois frères, Brian, Dennis et Carl sous le contrôle de leur père Murry Wilson avec leur cousin Mike Love et un ami Al Jardine forment le groupe musical The Beach Boys. Le succès est phénoménal. Leur interprétation se caractérise par des harmonies vocales exceptionnelles et par les compositions de Brian. De nombreux événements influencent la formation du groupe dont la noyade de Dennis, la vente de leurs droits par le père et les problèmes de santé de Brian.

Bill Pohlad a choisi de présenter deux périodes de la vie de Brian Wilson : les années 60 principalement circonscrites autour de la création d'un album extraordinaire dont même Paul McCartney admettra l'influence : Pet Sounds et les années 80 alors que Brian est affecté par une difficulté à gérer sa propre vie.

Loin des a priori sur la drogue, des clichées sur la maladie mentale, de la rétrospective biographique, Bill Pohlad nous fait pénétrer la pensée de Brian Wilson, pensée géniale d'un créateur perfectionniste, méticuleux, à l'idéal absolu. Dans cette tête, l'art et la peur se mêlent avec fluidité pour amener l'être au sublime et le précipiter vers la détresse. Dans une alternance inattendue, Bill Pohlad nous place au-delà du constat, dans la compréhension de l'esprit de Brian.

Tout au long du film nous regardons deux acteurs, nous voyons un personnage, nous découvrons une personne; lors du générique, Brian Wilson chante Love and Mercy et nous saisissons à quel point les deux acteurs ont incarné d'une même façon avec exactitude ce qui correspond au compositeur : la fusion d'une force créative et d'une fragilité émotive.

Brian souffre et Brian crée. De l'époque années 60, les scènes se concentrent dans le studio d'enregistrement, de la période années 80, les scènes nous font connaître Melinda Ledbetter, mannequin et vendeuse de voitures avec laquelle Brian développe une relation magnifique et surtout aidante car il est parasité par le profiteur Docteur Eugene Landy qui le bourre de médicaments et contrôle sa carrière.

On reconnaît l'influence du père substitut : au restaurant Brian raconte à Melinda que son père le terrorisait psychologiquement, le battait fréquemment et l'a frappé si fort qu'il est resté sourd d'une oreille, ce qui a limité son envie de son stéréo. Dans la scène de la vente du catalogue, le père dit que ça ne vaudra jamais rien, que dans cinq ans « personne ne se rappellera de toi ni des Beach Boys ». Le Docteur Landy le ridiculise et l'infériorise. Les médicaments amortissent Brian. Le Docteur menace de l'institutionnaliser. Melinda avec l'aide de Carl parvient à évincer légalement le docteur. L'Amour est salvateur.

Le jeune Brian utilise des épingles à cheveux pour faire vibrer les cordes du piano, tous les musiciens ont des casques rouges de pompiers, dans le studio il y a des chiens, il voudrait même un cheval. Puis, il est couché sur le capot d'une auto, on le voit de profil, on entend la musique; ainsi, Bill Pohlad, nous donne l'impression de savoir le développement de sa pensée créatrice. Lors des deux périodes dans des lieux paradisiaques, le vécu est infernal.

À la fin, une alternance de scènes amalgame la réintégration de l'être avec ses différents étaspects : dans le lit est allongé Brian des années 80, puis Brian enfant, et Brian des années 60.

Il faut souligner la direction d'acteurs et le talent qu'ils déploient. Se partageant les deux rôles de Brian, de prodigieux à magistral, Paul Dano et John Cusack sont impressionnants, on perçoit la minutie de leur interprétation détaillée, ciselée, significative. Incarnant Melinda, Élizabeth Banks est saisissante, elle révèle un talent juste, concentré, remarquable. Interprétant le maléfique docteur, Paul Giamatti est imposant, antipathique sans retenue.

Love and Mercy de Bill Pohlad est un film génial sur un compositeur de génie, un film qui nous permet de comprendre le processus créateur et l'être créatif. Avec cette première réalisation, Bill Pohlad prouve sa maîtrise de l'art cinématographique.

 

 

 

BANDES ANNONCES

FILMS RÉFÉRÉS DANS LA CHRONIQUE:

Phoenix de Christian Petzold 2014
Barbara Christian Petzold 2012
Le retour d'Élisabeth Wolff Josée Dayan 1982
Return from the ashes J. Lee Thompson 1965
Love and Mercy Bill Pohlad 2014
Eden de Mia Hansen-Love 2014
Tout est pardonné Mia Hansen-Love 2007
Le père de mes enfants Mia Hansen-Love 2009
La fée aux choux Alice Guy 1896
Falling leaves Alice Guy 1912
Effets de mer Alice Guy 1906
Sumé, the sound of the Revolution Inuk Silis Hoegh 2014
Le Jardin oublié-La vie et l'œuvre d'Alice Guy-Blaché Marquise Lepage 1995
Qui est Alice Guy? Nicole-Lise Bernheim 1975
La fille du Martin Samuel Thivierge 2013
Mars et Avril Martin Villeneuve 2012
Imelda Martin Villeneuve 2014
La loi du marché Stéphane Brizé 2015
Mademoiselle Chambon Stéphane Brizé 2019
Quelques jours de printemps Stéphane Brizé 2012
Welcome in New York Abel Ferrara 2014
La vie privée du cinéma Denys Desjardins 2011
La guerre des bleuets Anick Salas 2015
Ruby Sparks Elle s'appelle Ruby Valery Faris et Jonathan Dayton 2012
The Stepford wives Bryan Forbes 1975
Delirious Un crime dans la tête Tom Mankiewicz 1991
Little Miss Sunshine Valery Faris et Jonathan Dayton 2006

LIVRES RÉFÉRÉS DANS LA CHRONIQUE :

Le retour des cendres Hubert Monteilhet 1961
Rescapée de l'enfer nazi Reine Charrier 1967
Autobiographie d'une pionnière du cinéma; 1873-1968 Alice Guy 1976
Alice Guy-Blaché la première femme cinéaste du monde Victor Bachy 1993
Alice Guy La première femme cinéaste de l'histoire Emmanuelle Gaume 2015

     

03_en_analyse_EdenEden de Mia Hansen-Love

Depuis m'être entretenue avec elle lors de la sortie de son premier film, Tout est pardonné, je suis la filmographie de Mia Hansen-Love. Son deuxième film, Le père de mes enfants reste un monument dans le paradigme cinématographique, une originalité révélant les dessous d'un milieu qui cache des impondérables et mettant l'accent sur l'importance de la famille.

Elle vient de présenter un document sur la musique des années 90 : la French Touch. Elle nous amène dans le milieu des D.J. en reconstituant le parcours de son frère Sven à travers le personnage de Paul interprété par Félix De Givry. Avec Stan, il forme le duo Cheers qui promeut le Garage, une musique qui stimule en lui une dévotion presqu'exclusive. Il s'y consacre pendant des années.

Mia Hansen-Love a su montrer l'euphorie de Paul qui le porte aux nues avant de le précipiter dans les difficultés financières, avant de lui renvoyer sa solitude.

Pour témoigner de toute cette époque des années 90 en France, la réalisatrice a convié beaucoup des artisans des tendances d'alors. Des musiciens dont Daft Punk qui ont cédé pour un montant symbolique leurs droits sur leurs compositions. Les créateurs d'un fanzine,  Eden, petite publication vendue lors des soirées et qui a donné son titre au film. Des danseurs professionnels et amateurs. Sa documentation est considérable et confère au film un caractère didactique et historique.

Paul ira à New-York, en reviendra et fera venir en France des artistes de là-bas. Alors, la réalisatrice retrouve sa faculté de montrer l'envers de la médaille ainsi qu'elle l'avait fait dans Le père de mes enfants; les enjeux et les conséquences.

Mia a voulu : « saisir la spécificité de notre génération, celle des années 90. Prendre ses rêves d'enfant au sérieux, décider que la fête et le plaisir c'est la vie, voilà le geste à la fois futile et important de cette génération. »

Eden de Mia Hansen-Love est un film de fiction qui a la valeur d'un documentaire.

EN FESTIVAL

04_en_festival_Fantasia_2015Fantasia

La 19e édition de Fantasia du 14 juillet au 4 août 2015 regroupera ses adeptes au Théâtre Hall et à la salle J.A. De Sève de l'Université Concordia ainsi qu'au Cinéma Impérial, à la Grande Bibliothèque et au Musée McCord, car celui-ci a  renouvelé son partenariat avec Fantasia et présentera une programmation pour enfants.

Les films suivants, qui oscillent entre épouvante, action, thriller, autour de policiers corrompus, de tueurs en série prolifiques, de fantômes japonais à longue chevelure, seront projetés : Ryuzo and the seven henchmen de Takeshi Kitano,   Extinction de Miguel Angel,   Vivas Marshaland d'Alberto Rodriguez,   Wild City de Rigno Lam,   Cop car de Jon Watts,    Ju-on : the final de Masayuki Ochiai,   Cruel d'Eric Cherrière,   The invitation de Jaryn Lusama,   Dark Places de Gilles Paquet-Brenner.

05_en_festival_presence_autochtone-Charles_LuciePrésence Autochtone

La 25e édition du Festival Présence Autochtone, Montréal First Peoples Festival, invite les cinéphiles du 29 juillet au 5 août 2015. L'événement est consacré aux œuvres représentant les Premières Nations des Amériques et les peuples autochtones d'autres continents.

Lors de la conférence de presse du Festival Charles Vender, président du C.A. de Terres en Vues Land InSights, société pour la diffusion de la culture autochtone, (avec moi sur la photo) a d'abord pris la parole; il a participé à l'organisation du Festival. Le beau Charles, qui est aussi un comédien, a interprété une fable métaphorisant le Festival avec le castor, le carcajou, le lynx et la dent, la griffe, l'œil de chacun pour qu'il se rende jusqu'à 25 ans.

André Dudemaine, directeur artistique du Festival, (sur la photo) a souligné l'ampleur de l'événement : «C'est une œuvre collective qui existe à cause des artistes avec leur sensibilité» et a rappelé que «2 Prix Nobels, J.M.G. Le Clézio en 2000 et Rigoberta Menchu en 2001 nous ont visités. Peu de festivals peuvent se vanter de cela».

06_en_festival_presence_autochtone_Andre_DudemainePoursuivant avec des paroles toujours plus belles, Monsieur Dudemaine a ajouté : «Pour les premiers peuples, c'est une façon de se positionner dans le grand cercle des amitiés avec la nature et l'humain, un défilé multiculturel réunira près de 900 artistes de 30 groupes de différentes traditions culturelles».

Parmi les nombreuses activités, dans l'écho du spectacle Blues Blanc Rouge de 1991, le vendredi 31 juillet 2015, Florent Vollant et Richard Desjardins seront sur scène pour le Blues Blanc Rouge Remix. Nadine St-Louis, directrice générale des productions Feux Sacrés, a organisé l'exposition Vision de Paix sur le perlage à l'Espace culturel Ashukan dans le Vieux-Montréal. La librairie Zone Libre sera le lieu d'un comptoir du livre et de lectures publiques. La fascinante Moe Clark (sur la photo) et 22 musiciens présenteront le spectacle Trancestral le 2 août 2015.

Coté cinéma, Monsieur Dudemaine observait que de plus en plus de cinéastes autochtones et allochtones vont vers le long métrage de fiction en incluant des questions amérindiennes; ces films et des documentaires se succèdent dans la programmation. En première mondiale, Circus without borders nous amène au Nunavik et en Guinée-Conakry, démontrant l'amitié entre les peuples. Aussi en première mondiale, aura lieu la projection d'Antigone Documentary consacré à Floyd Favel et sa troupe qui ont joué une adaptation de la tragédie grecque en la situant dans une réserve indienne du Nord de la Saskatchewan.

Sumé, the sound of the Revolution, réalisé par Inuk Silis Hoegh, un film particulièrement éloquent nous fait connaître Sumé, un disque de rock et de rock progressif d'un groupe Groenlandais en 1970. L'un des membres déclare à la caméra : «Nous n'avions pas le contrôle. Nous étions jeunes et nous voulions changer cela».

07_en_festival_presence_autochtone_Moe_ClarkAvec Nallua, Christian Mathieu Fournier élabore un portrait sensible d'une communauté inui présenté en première mondiale. Dans The tiger and the deer un homme de 103 ans est suivi dans son transport de l'eau qu'il va lui-même chercher et qu'il rapporte en plaçant la courroie du seau sur son front.

Les films Bloodlines, the Woolverine, Le Ninas Quispe de Sebastian Sepulveda, prix direction photo au festival de Venise 2014, la superproduction Yvy Maraey, Chaparake sur la fabrication de l'instrument traditionnel raramuri, Wapikoni mobile, quatre classes de maîtres avec des cinéastes des Premières Nations et cette phrase magnifique à l'écran que l'on doit à Juan Calos Valvidia «In my world to write is to think» contribuent à la programmation de qualité du Festival.

Monsier Dudemaine notait que le travail de la caméra et du montage du film Café sont fabuleux et rappelait que selon les professionnels du cinéma le plus grand film canadien est :

En visitant www.presenceautochtone.ca il est possible d'avoir des détails sur les multiples activités de ce festival unique si impressionnant de force, de diversité et de créativité au cœur de Montréal pendant l'été. Sympathique, émouvant, incontournable.

08_Festival_Les_perseidesLes Percéides

La 7e édition du Festival Les Percéides en Gaspésie, festival international de cinéma et d'art de Percé, se déroule du 26 au 30 août 2015.  La versatile Louise Portal, actrice, écrivaine, chanteuse, est la présidente d'honneur de la campagne bénéfice Étoiles de mer. En effet, 125 étoiles de mer sont en vente au montant de 150$ pour soutenir le festival.

Le mandat du festival concerne la diffusion du cinéma d'auteur en région et la mise en lumière du jeune talent du cinéma contemporain. De plus, cette année, une classe de maître avec la belle Louise Portal permettra de discuter des métiers du cinéma.

09_en_festiva_39e_FFMFestival des Films du Monde

La 39 e édition du Festival des Films du Monde se déroulera à Montréal, Québec, Canada, du 27 août au 7 septembre 2015. L'Académicien Dany Laferrière sera le président du jury. Muhammad Mahomet réalisé par Majid Majidi sera projeté en première mondiale lors de la cérémonie d'ouverture. Film épique de 171 minutes, ce film iranien est consacré aux 13 premières années du prophète de l'Islam. Majid Majiki a été trois fois lauréat du Grand Prix des Amériques du FFM.

Le FFM rendra hommage au producteur britannique Lord David Puttnam. Il a produit entre autres : The Killing Fields en 1984 et Le confessionnal en 1995. Le Marché international du film tiendra le forum intitulé : La Chine rencontre l'Ouest à Montréal.

Le FFM obtient une grande couverture médiatique à travers le monde et surtout contribue à faire connaître des films qui ne seraient pas projetés à Montréal sans ce contexte.

EN PLEIN AIR

LSTW

10_En_plein_airÀ Montréal, Québec, Canada, dans un endroit appelé Parc de l'Espoir, à l'angle des rues Sainte-Catherine et Panet, se poursuivent les Soirées Ciné en plein air à la pénombre. L'organisation LSTW, la référence lesbienne, a préparé une programmation réunissant des fictions, des documentaires, des courts métrages et des web séries de provenance internationale.

Seront donc projetés : le jeudi 2 juillet le moyen métrage La douce agonie d'un désir dérobé d'Emmanuel Letourneau Jean du Canada,  le mardi 7 juillet des courts métrages de France, du Canada et des États-Unis,  le mardi 14 juillet Homogène d'Isabelle Courville du Canada,  le mardi 21 juillet Dyke Central partie 1 de Florencia Manovil des États-Unis alors que la partie 2 sera projetée le jeudi 30 juillet,   le mardi 4 août To Russia with love de Noam Gonick du Canada,   le mardi 11 août The Gay women Channel d'Adrianna DiLonardo et Sarah Rotella des États-Unis,    Soirée Massimadi par Arc-en-ciel d'Afrique et pour terminer avec un punch percutant le jeudi 27 août The Boxing girls of Kabul d'Ariel Nasr des États-Unis.

11_Lucie_DiplomatieCinémania dans les parcs

À nouveau, cette année, Cinémania offre quatre projections gratuites dans les parcs de la ville de Montréal, Québec, Canada. Dimanche le 12 juillet 2015 à 21heures au Parc Notre-Dame-de-Grâce sera projeté Elle l'adore réalisé par Jeanne Herry avec Sandrine Kiberlain.

Le surlendemain, le mardi 14 juillet, jour de la Fête Nationale des Français, au restaurant Renoir de l'hôtel Sofitel, à 20 :30h débutera la projection de l'impressionnant film de Volker Schlondorff  Diplomatie avec Niels Arestrup et André Dussolier. Dans ma chronique de décembre 2014, numéro spécial consacré à Cinémania, j'analysais ce chef d'œuvre où le langage en accord avec la vérité répond à la force de la violence. Le 25 août 1944, un général allemand et un consul français argumentent la possibilité de sauver une ville irremplaçable : « La splendeur de Paris est intolérable pour Hitler ». Si le général aide les Français en empêchant des bombes d'exploser en plein Paris, ses enfants seront tués car la famille répond des actes d'un officier. Comment influer sur la décision de renoncer à détruire?

Le samedi 8 août vous pouvez vous infliger Tristesse Club de et avec Vincent Macaigne dans lequel Laurent Lafitte s'amuse à humilier, menacer et brutaliser des adolescents. Si l'infériorisation et la maltraitance des jeunes constituent votre distraction de prédilection vous entretiendrez cet étrange travers sur la pelouse du Parc Jean-Brillant.

Le mardi 18 août vous pourrez constater un déploiement de talent avec le film Sils Maris d'Olivier Assayas avec Juliette Binoche et Kristen Stewart sur la Place de la Paix à 21h. Cette projection réunit Cinémania et la Société des Arts Technologiques, la SAT.

EN PRÉPARATION

É12_en_preparation_Alice_Guyléphant ClassiQ avec Alice Guy

Enfin, au Québec, une reconnaissance de l'inventivité et du courage d'Alice Guy! Combien de fois au cours des ans et de mes articles ai-je exprimé mon souhait qu'on lui fasse au Québec, Canada, une place témoignant de la reconnaissance, du souvenir, de la consécration?

Cette pionnière du cinéma était née en France. Elle a vécu 3 ans avec sa grand-mère en Suisse, 2 ans au Chili; à l'âge de 6 ans, elle a été pensionnaire dans un couvent à Viry. Éventuellement, elle a travaillé pour Gaumont. Évaluée par Monsieur Gaumont qui la trouvait bien jeune, elle a rétorqué « Cela me passera ». D'abord secrétaire, peu à peu, à condition que cela ne gruge pas son temps de travail, elle s'est intéressée au tournage et a entrepris de faire des films. Elle a été la première femme cinéaste, la première à coloriser des pellicules, à développer un son synchrone  avec le Chronophone de Georges Demeny, à utiliser le gros plan, à élaborer des trucages tels que le rebours, la surimpression, l'accéléré, le ralenti; elle est l'inventrice du cinéma de fiction.

Elle a tourné, développé, dirigé, créé, scénarisé, mis en scène, produit, elle a tout fait et surtout elle a élaboré des films grandioses par leurs propos, par le nombre d'artisans, leurs inventions, le nombre de scènes. Elle était méticuleuse et très élégante, ces caractéristiques sont perceptibles dans sa cinématographie. Sa première réalisation en 1896 s'intitulait La Fée aux Choux.  Elle expérimentait, en arrêtant le tournage, elle déplaçait les objets pour produire des effets tels que la  momie qui effrayait un archéologue en se déplaçant dans son laboratoire. Elle a expérimenté aussi la prise de vues à différentes distances pour représenter des pygmées et des géants dans Lilliput et Gulliver, Le Cake-Walk et la pendule, L'ogre et le Petit Poucet. En 1904, grâce à une vieille Berline trouvée dans la forêt de Barbizon, en costumant les membres de son équipe, elle a tourné un film historique : L'Assassinat du Courrier de Lyon, un film de 122 mètres. En 1905, elle tourna La Esmeralda, un film de 290 mètres dont la mise en scène fut reprise dans d'autres films. En 1906, elle a entrepris de tourner La Passion, une superproduction de 600 mètres ayant nécessité 25 décors, 300 figurants et Le matelas alcoolique, une comédie de 218 mètres dans lequel un homme ivre se couche dans un matelas avant qu'une ouvrière ne finisse de le coudre et qu'il soit livré à des jeunes mariés.

Francis Lacassin, qui l'avait interviewée en Belgique, a tenté d'établir un répertoire des films d'Alice Guy. De son passage chez Gaumont, elle aurait laissé 406 ou 420 bandes. Il a dénombré qu'entre 1900 et 1907, elle a tourné 104 phonoscènes, donc elle a contribué aux débuts du cinéma parlant en utilisant le chronosphone.

Quand Gustave Eiffel (oui celui de la Tour) fut président du Conseil d'administration de la société Gaumont, il fit construire un studio pour Alice Guy. Il la maintint à ses postes de réalisatrice, directrice de production et directrice artistique malgré la hargne du directeur des ateliers de fabrication. Alice attisait la jalousie et la convoitise car le cinéma devenait lucratif.

Dans le studio les 24 lampes de 30 ampères lui ont laissé un rétrécissement de la rétine. Elle a aussi gardé une cicatrice de brûlure à la main en contribuant aux recherches médicales grâce à la bobine Roetgen de Carpentier permettant de voir le squelette à travers la chair puisqu'elle aimait aussi filmer les expériences du docteur François Frank dont celle sur la respiration comparée chez l'homme et les animaux.

En 1907, Alice Guy est allée aux États-Unis où elle a créé une maison de production et ouvert le studio Solax Film Co. Elle tourne jusqu'à un long métrage et dix courts métrages par mois. En 1912, elle réalise un drame de 300 mètres, Falling Leaves, d'après un scénario dans lequel se remarque sa sensibilité et sa délicatesse; une petite fille, Trixie, chante pendant que sa sœur ainée, Winifred l'accompagne au piano. Mais, le docteur vient examiner Winifred et conclut : « When the last leaf falls, she will have passed away». Donc, entendant que sa sœur malade serait morte quand la dernière feuille tomberait de l'arbre automnal, Trixie va tenter de replacer des feuilles dans les arbres avec des ficelles. Toujours en 1912, elle tourne un film d'anticipation féministe In the year 2000. Que ne donnerait-on pour le voir!

Vers 1911-1912, Alice Guy est allée filmer dans la prison de Sing Sing. Aussi, elle a demandé des animaux sauvages pour qu'ils apparaissent à l'écran, tourné des poursuites en auto, des explosions de bateaux et pratiqué différents genres : comédie, féerie, western, guerre, opéra filmé, documentaire, aventure, polar, adaptation romanesque… Elle s'est intéressée à la dénonciation de la ségrégation, de la prostitution. On a reconnu son invention d'un genre : poème cinématographique, quand elle a réalisé Effets de mer en 1906. Plus de 600 films. Pendant 17 ans, elle a été la seule femme metteur en scène du monde entier ainsi qu'elle l'affirme à la page 114 de son autobiographie.

Hélas, son mari a nui à sa carrière : imprudences, accidents, changements, sur les plateaux de tournage, affaiblissements des scénarios, évictions d'Alice des réunions de distribution et vente de son entreprise à son insu. Elle a ensuite vécu au Québec, a tenté de subsister en écrivant des petits romans, des contes pour enfants, en faisant des traductions. Elle a constaté que ses films étaient attribués à d'autres ou étaient disparus. En 1968, elle est décédée au New-Jersey à 94 ans.

Pour la connaître, on peut tenter de mettre la main sur son autobiographie, d'abord refusée par des maisons d'éditions puis, après son décès, présentée par l'association Musidora (actrice et cinéaste) elle a été publiée par Denoël/Gonthier en 1976. Un ouvrage magnifique d'une grande humilité. On peut aussi voir Le Jardin oublié-La vie et l'œuvre d'Alice Guy-Blaché le film de Marquise Lepage réalisé en 1995. De plus, Victor Bachy lui a consacré un ouvrage avec l'Institut Jean Vigo en 1993. Aussi, il existe une association en France Les Amis d'Alice Guy Blaché. J'ai vu le court métrage Qui est Alice Guy? de Nicole-Lise Bernheim qui la réhabilitait en tant qu'inventrice du cinéma de fiction. Emmanuelle Gaume vient de lui consacrer un roman. La Fort Lee Film Commission essaie qu'une étoile sur le Hollywood Walk of Fame lui soit consacrée.

Et, à Montréal, au Québec, Canada, du 19 au 22 novembre 2015 l'événement Éléphant ClassiQ va projeter dix de ses films dans une version restaurée. Au  cinéma Impérial, à la salle Claude-Jutra de la Cinémathèque québécoise et à la salle Pierre-Bourgault de l'UQAM, un court métrage d'Alice Guy précédera la projection d'un film.

La vocation d'Éléphant : mémoire du cinéma québécois est de rendre accessible au public des versions restaurées. Lors du Festival de Cannes, en mai 2015, c'est grâce à Éléphant qu'une version restaurée, numérisée, du film Les Ordres de Michel Brault a été projetée. L'événement Éléphant ClassiQ dans son édition 2015 fera connaître aux jeunes, permettra aux plus âgés de revoir, des films francophones  du cinéma français, belge, suisse, vietnamien, africain et québécois avec des sous-titrés en anglais.

Éléphant ClassiQ, la promesse d'un bel événement pour les cinéphiles.

13_Lucie_et_SamuelIdentités avec Samuel Thivierge

Dans ma chronique d'octobre 2013, je vous présentais Samuel Thivierge acteur, producteur et réalisateur. Son film La fille du Martin avait été projeté au Festival des Films du Monde. Un scénario séduisant était supporté par des images superbes.

Samuel, un saguenéen d'origine, a depuis tourné en Chine dans la superproduction intitulée Wolf Warriors. Il incarne le personnage nommé Sniper dans ce film de guerre réalisé par Wu Jing. Sa connaissance du maniement des armes et sa capacité à conduire différents types de véhicules ont ajouté au charme de ses yeux bleus.  Le jeune homme a tellement impressionné l'équipe qu'il est possible qu'il tourne encore là-bas. Sorti sur 20 000 écrans, le film a été acheté par Wll Go USA Entertainement.

Aussi, Samuel travaille sur son prochain film Identités. Il a terminé le scénario en se basant sur des faits vécus. Il produira, réalisera et tiendra le rôle principal.

Nul doute qu'il confirmera tout le talent qu'on lui connaît déjà.

14_Lucie_et_Martin_VilleneuveLes multiples projets de Martin Villeneuve

En décembre 2012, je relatais ma rencontre avec le réalisateur et producteur Martin Villeneuve autour de son chef d'œuvre Mars et Avril. Rare film québécois réunissant histoire de science-fiction et d'amour, film d'exception par sa beauté factuelle et imaginative, Mars et Avril a permis à Martin d'intervenir dans des festivals, de prononcer des conférences appréciées dont une à TED en Californie ; il a alors été le premier et jusqu'à maintenant le seul Québécois en 30 ans à y donner une conférence.

Depuis, il a réalisé, produit et interprété le court métrage Imelda. Il actait pour la première fois et, dans un hommage à sa grand-mère qu'il incarnait, il a même revêtu ses robes. Sa grand-mère paternelle est décédée à 101 ans. Ce film,  décrit par Martin , « a été fait dans l'urgence, sans argent et en un seul jour. Il s'agissait de faire revivre ma grand-mère paternelle pour une dernière journée, à la veille de la vente de sa maison. Nous avons tourné le personnage dans son vrai décor, parmi ses meubles et ses objets, et j'ai même porté ses vraies robes !»

Pour ce court métrage, Martin Villeneuve a reçu le Prix d'interprétation masculine remis par Martin Dubreuil et l'Union des Artistes. Aussi, le film a remporté le Prix du meilleur court métrage québécois au Festival Images en vues 2014, ainsi qu'une Mention spéciale du jury dans la catégorie Meilleur court métrage canadien au FICFA.

La productrice Denise Robert l'a contacté pour qu'il prolonge l'expérience d'Imelda en un long métrage. Il signera ce scénario ainsi que celui d'une adaptation d'un roman de science-fiction pour le grand écran.

Et à tout cela s'ajoute le développement de projets issus du succès de Mars et Avril. Il retrouvera  le bédéiste belge François Schuiten lorsqu'il réalisera The Other World et Aquarica. Il réalisera aussi From Beyond d'après une nouvelle de H.P. Lovecraft.

Avec Martin Villeneuve, le talent québécois rayonne internationalement.

15_en_preparation_loi_du_marche_de_Stephane_Brize La loi du marché de Stéphane Brizé

Après toutes les précédentes beautés, l'annonce d'une ignominie et l'attente d'un film important.

Il y a quelques années, une série télévisée a connu un succès phénoménal en diffamant les femmes, les pauvres et les québécois de souche. Pendant que les diverses instances gouvernementales déçoivent sans cesse les contribuables et confirment toujours plus qu' « Il n'y en a pas de justice », les chômeurs sont blâmés pour le chômage, les travailleurs saisonniers sont critiqués pour la cessation de leur possibilité de travailler, les assistés sociaux sont réprouvés parce qu'on ne les engage pas dans la légalité, les personnes âgées doivent disparaître au plus vite en toute légalité, elles, sous prétexte de dignité de fin de vie, et les étudiants se surendettent pour devenir des surscolarisés sous-employés sous-payés.

En effet, toutes ces personnes que l'on traite d'inutiles, de paresseuses, acceptent de travailler dans la précarité, elles font ce que des personnes en santé, rémunérées, ne font pas. Pour des paresseuses et des inutiles, elles ont la volonté de gagner un peu de sous au point d'accepter n'importe quoi dans n'importe quelles conditions : les travailleurs de la ville ne déneigent pas, les pauvres le font, les préposés ne lavent pas les malades, les pauvres le font, des criminels reconnus coupables passent le temps dans leur salle de musculation, des mamies et des papis mettent des circulaires dans les boîtes aux lettres, et des étudiants manquant de sommeil livrent des journaux.

Les pauvres sont devenus les boucs émissaires de la colère du peuple. Pendant qu'un incompétent au gouvernement doit quitter son poste avec une prime de départ, pendant qu'un autre fait rénover son bureau à grands frais en période d'austérité, pendant qu'un retraité payé à vie des centaines de milliers de dollars et s'appelant Vandal porte bien son nom,  pendant qu'un médecin, un riche, est libre après avoir poignardé ses enfants parce qu'il a eu un temporaire problème de santé mentale et qu'un itinérant, un pauvre, atteint de schizophrénie, n'ayant que brandit un couteau a aussitôt été tué par la police, pendant que Carole Yerochewski dédicace son livre Quand travailler enferme dans la pauvreté et la précarité, pendant que Jay Naidoo considère le nouvel apartheid qui se construit entre les riches et la majorité croissante de pauvres à l'échelle planétaire, un film québécois va ressasser que les pauvres sont les responsables des déficits et des dettes . Ce film est bien sur largement financé par…les divers paliers gouvernementaux. Qu'ils sont indispensables les pauvres quand il faut des sacrifiés, des martyrs, des parias, des Christ en croix du 21e siècle. Le film Les Bougons sera infligé dans les salles au moment des prochaines élections.

Simultanément, en France, Stéphane Brizé confirme sa capacité à accompagner des personnages rarement présentés au cinéma. Vous pouvez lire ma chronique cinéma de décembre 2011 pour mon analyse de son film Mademoiselle Chambon et ma chronique de février 2014 pour celle de son film Quelques heures de printemps. Son récent film La loi du marché, pour lequel il a une troisième fois convoqué l'acteur Vincent Lindon, a été présenté en compétition officielle à Cannes ce printemps et a valu à l'acteur le Prix d'interprétation, son premier prix en carrière alors qu'il a 55 ans, un prix qui est pour lui : « un acte politique ».

Dans ce film, Vincent Lindon devient Thierry, 51 ans, un ouvrier,  un travailleur honnête, en couple,  père d'un fils, et qui perd son emploi. Après 20 mois, ce qu'il trouve enfin est un emploi d'agent de sécurité. Son empathie, son sens des valeurs, vont alors être bouleversés. Il doit épier des collègues, moucharder des travailleurs.

Des acteurs non professionnels jouent dans le film. Effet d'authenticité assuré. Ils incarnent ces êtres bafoués, coincés, broyés, dans un milieu de travail devenu l'équivalent de l'esclavage contemporain. Tourné avec un petit budget, une équipe réduite, ce film exprime les préoccupations de Brizé : « Je suis terrifié par ce qu'on lit, ce qu'on entend. La manière dont on se débarrasse des gens sur l'autel du profit. Je suis bouleversé par la rage de ces types. C'est leur vie qu'on arrache. Alors, oui, ils se battent. Parfois, physiquement. »

Sur ceux qui l'inspirent, Brizé cite Michael Haneke et particulièrement Ken Loach : « J'aime sa manière de faire résonner l'intime et le social . A la fois populaires et hyperintelligents, ses films nous questionnent et nous émeuvent. Il respecte ses spectateurs. »

Pendant qu'en France se prépare la sortie pour le public du puissant drame social La loi du marché de Stéphane Brizé, au Québec, se prépare une bouffonnerie vindicative à gros budget blessant encore et toujours les victimes des inégalités socio-économiques. Une étude de l'Université de Zurich en Suisse, a démontré que lors d'un jeu entre des professionnels, les plus enclins à tricher sont les banquiers. Les pauvres qui volent, eux, au moins, ont l'excuse de leur pauvreté et non l'obsession de la cupidité.

Piller la nature jusqu'à éradiquer les ressources, exploiter les pauvres jusqu'à empirer l'itinérance sont des actes de prédation généralisée, approuvée, répétée. Gérard Depardieu dans le film Welcome in New York d'Abel Ferrara a exprimé cet abus qui amène des rapaces à faire des profits à partir des besoins de base des individus : « La pauvreté  c'est un bon business».

16_LuciePoirier_DenysDesjardinsLa guerre des bleuets grâce à Denys Desjardins

Je m'étais entretenue avec Denys Desjardins pour ma chronique de l'été 2011 lors de la projection de son documentaire La vie privée du cinéma, une œuvre émérite, un hommage aux cinéastes du Québec, un rappel de l'histoire de notre cinéma.

Le film La guerre des bleuets a été scénarisé par Stéphanie Labbé et réalisé par Anick Salas. Or, le cinéaste Denys Desjardins a produit le court métrage à la suite d'une campagne de sociofinancement. Pour cette action, il a reçu le Gold Remi Award lors du 48e WorldFest Houston International Film Festival au Texas, l'un des trois plus anciens festivals internationaux en Amérique du Nord.

Il est encore question du Festival de Cannes puisqu'en mai le court métrage a été projeté au Short Film Corner. En juillet, il est projeté à Londres au East End Film Festival en présence de l'équipe du film.

La guerre des bleuets réunit, dans Charlevoix, aux Éboulements, Patricia Nolin qui incarne Eva Gagnon, septuagénaire qui garde secrète sa talle de bleuets, et Stéphanie Labbé interprétant Gabrielle Desgagné qui vient chaparder les fruits.

Pendant que se prépare la sortie du film au Québec, il est possible de regarder le making of  sur le site http://www.cinemaduquebec.com.

EN SOUVENIR

17_En_souvenir_Ruby_SparksAvec fraîcheur et originalité, le film Ruby Sparks Elle s'appelle Ruby développe la riche thématique du film Les femmes de Stepford et le procédé narratif du film Delirious Un crime dans la tête.

Dans Ruby Sparks Elle s'appelle Ruby, Calvin Weir-Fiels, joué par Paul Dano, a écrit un grand succès littéraire mais, depuis, il est confronté à la panne sèche. Il consulte un psy qui lui suggère d'écrire simplement ce que serait pour lui une copine idéale. Il commence donc son texte d'imagination quand il constate, avec stupeur, que sa création littéraire est devenue une réalité littérale. Avec sa vieille machine à écrire, il décrit les comportements qu'il souhaite voir chez Ruby avant de constater qu'elle est conforme à ses écrits. Il la transforme donc à chaque page jusqu'à …

Le film a eu un grand impact auprès des jeunes qui dessinaient des scènes, cherchaient des vêtements pour s'habiller comme Ruby, et a valu un prix d'interprétation à l'actrice Zoe Kazan.

En 1972, l'écrivain Ira Levin publiait Les femmes de Stepford. Dans cette œuvre d'observation et d'anticipation, Joanna, une photographe emménage avec son mari et ses enfants dans une banlieue, Stepford. Elle constate que les gens y ont un comportement étrange. Les femmes ont un vocabulaire aussi limité que leurs sujets de conversations. Elles n'existent que pour leurs tâches ménagères et le plaisir de leur mari. Aucune n'a de personnalité et leurs maris sont plus mornes qu'attrayants même si les femmes les considèrent comme des amants extraordinaires.

Rarement ai-je lu un texte aussi édifiant, une observation si fine du quotidien d'une femme au foyer et des multiples tâches qu'elle accomplit . Imaginons maintenant le déploiement de logistique des femmes qui doivent désormais cumuler travail à la maison et travail à l'extérieur.

En 1975, Bryan Forbes réalisait l'adaptation avec Katharine Ross dans le rôle de Joanna. Après avoir fait des recherches pour savoir si l'eau de la communauté est contaminée, ce qui expliquerait le problème des habitants, elle découvre qu'en fait les femmes de la ville ont été remplacées par des robots qui obéissent aux commandes des maris.

Dans le film Delirious, John Candy est un auteur de soap, ces téléromans abrutissants qui remportent des succès pendant des années au petit écran. Il se retrouve avec une vieille machine à écrire qui lui permet d'exprimer ses fantasmes et de voir ceux-ci se réaliser, l'amenant à être un héros auprès de celle qui le fascine.

Le scénario du film Ruby Sparks a été écrit par Zoe Kazan qui interprète Ruby Elle est en couple dans la vie comme à l'écran avec Paul Dano. Les réalisateurs du film Jonathan Dayton et Valerie Faris forment aussi un couple. Précédemment, ils avaient réalisé un adorable film qui avait fait réfléchir sur le phénomène des Little Miss, ces fillettes maquillées et habillées comme des stéréotypes féminins : Little Miss Sunshine qui révéla la charmante et talentueuse Abigail Breslin

Actuellement au Japon, des hommes achètent des femmes robots. Ces créations automates ont une voix numérisée et des caractéristiques sur commande. C'est le paroxysme de la femme-objet et son succès est tel que les japonais connaissent un problème de natalité et le plus grand nombre de couples mariés mais sexless. L'essayiste québécoise Martine Delvaux disait «Il n'y a jamais eu de bonnes périodes pour les femmes dans l'Histoire». Et quand ça va mal pour les femmes, ça va mal pour les hommes. Que font les hommes quand ils n'ont pas de femmes? Ils s'entretuent. Ainsi que le relatait le documentaire Filles de Jardiniers de Karina Marceau, le corollaire des périodes surpopulation masculine a mené dans l'Histoire à la militarisation donc aux guerres. Sans femmes, malgré les satisfactions apparentes, les hommes sont tristes. Ils sont dépourvus de relations.

Comme Calvin qui commande tous les comportements de Ruby. Il en a fait sa chose et pourtant il n'est pas heureux. Car, au début, Ruby avait une spontanéité mais, quand Calvin a compris le principe de la machine à écrire pour la contrôler, elle n'a plus existé. Fini la Ruby qui le surprenait, le déconcertait, le déstabilisait. Car la vie de couple, c'est l'occasion pour deux personnes d'être uniques, imaginatives, répétitives, dans la tentative, dans la réussite, dans l'échec, dans le recommencement, à se toucher, à se respirer, à se voir, à s'écouter, à s'exprimer, différentes, semblables, dans le beau risque de la découverte, dans la possible constatation de la reconnaissance.

Cependant, Calvin renonce aux méandres, aux vertiges, aux gouffres; à l'autre. Il refuse  la relation, le confort, la confrontation avec l'autre, l'Amour reçu, transmis, déterminant la disponibilité à l'amalgame, la volonté de l'accession, l'extase du réel.

Mais, Calvin repousse tout ce foisonnement d'exultation, d'ennui, de calme, d'exubérance; il tape à la machine et Ruby est commandée par lui. Elle ne peut plus l'étonner, être originale, créative, empathique, généreuse, compatissante, révolutionnaire, bienveillante; elle ne peut plus être celle, merveilleuse, exemplaire, fascinante, dont il disait : « Ruby, elle prend toujours le parti de l'opprimé ».