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Chronique cinéma
Janvier 2016

 par Lucie Poirier, journaliste-analyste

Spécial Éléphant ClassiQ, propos de l'Oncle Bernard, les Autochtones du Québec et de l'Allemagne, vœux de Bonne Année.

01_LuciePoirierElephantClassiQSpécial Éléphant ClassiQ

Éléphant : mémoire du cinéma québécois a été créé il y a 8 ans dans l'affirmation de l'existence de notre cinéma en tant que part importante de notre patrimoine. Cette initiative a engendré Éléphant ClassiQ afin d'inclure les cinématographies internationales au projet de restauration. Pour sa 1e édition Éléphant ClassiQ : les films qui ont fait le cinéma, a concentré du 19 au 22 novembre 2015 la projection d'une vingtaine de longs métrages francophones, de courts métrages d'Alice Guy, deux expositions d'affiches, la venue d'invités internationaux et québécois, la 1e remise du Prix Mary-Pickford et la tenue de rencontres dont deux sur la restauration des films.

Rencontre : Restaurer, diffuser

02_MarieJoseeRaymondetLuciePoirier« Toute entreprise doit avoir une responsabilité sociale. En France, l'entreprise est davantage un ensemble incluant les employés et les engagements envers l'art, la culture, la joie de vivre. C'est un corps social, passible d'abus de bien social. Au Québec, dans une entreprise tous ne sont pas considérés partenaires. Pour s'imbiber de culture, il ya le cinéma. Les ciné-clubs ont disparu. D'une discussion avec Marie-José Raymond et Claude Fournier est née l'idée l'une conservation et d'une diffusion de notre cinéma. »03_ClaudeFournier

 

Ainsi s'exprimait Pierre-Karl Péladeau. Dans un geste philanthropique, Monsieur Péladeau a consacré 22 millions de dollars pour la création et le fonctionnement d'Éléphant, mémoire du cinéma québécois qui, depuis 8 ans a restauré plusieurs classiques cinématographiques de notre patrimoine.

La rencontre Restaurer, diffuser réunissait Monsieur Péladeau, l'initiateur du projet de restauration, Madame Nathalie Bondil du Musée des Beaux-Arts de Montréal et Monsieur Nicolas Seydoux, président de Gaumont.

La restauration des films impose de nombreux défis. Le nitrate est un support instable et dangereux. Il faut une température de conservation, 4 degrés sans humidité. Les magnétiques ont collé , il faut les faire cuire. Les 24 pistes exigent de faire repartir la machine. Quant au son, il a été médiocre jusqu'aux années 50. En ce qui concerne les films en couleurs, des années 1954 à 75, les couleurs n'ont pas tenu. Aujourd'hui, on tourne en numérique sans penser à la préservation. Les films actuels n'ont pas de pérennité car dans 40 ans on ne lira pas le numérique d'aujourd'hui. On transfert donc sur acétate. Les Allemands le font pendant qu'en Norvège on s'approche d'une conservation inspirée de l'ADN

L'ordinateur a ressemblé à l'humain en mémorisant la moindre frappe appuyée sur le clavier comme le cerveau garde la trace de chacune de nos pensées; la conservation des données va se baser sur l'ADN qui garde notre bagage génétique et bientôt nous serons l'écran où sera projetée l'information.

Au défi du support matériel s'ajoute celui des droits. Il faut retracer des cinéastes, producteurs, distributeurs, héritiers, des ayants droit. Claude Fournier pour Louisiane a travaillé avec Michel Brault qui était à la caméra.

Puis, il faut aussi retrouver toutes les versions du film : l'original, les copies, les chutes, les coupures… Je vais vous donner quelques exemples de l'ampleur de la tâche.

Des films changent de titre au cours des ans, au cours de leur vente en vidéo, en DVD, en Blue Ray, en ligne.  Ainsi, Graeme Campbell a réalisé en 1991 un film canadien, basé sur un fait vécu, et qui lui a valu un Gemini Award  l'année suivante. Sous 3 titres : Deadly betrayal, Journey into darkness, The Bruce Curtis Story, de l'information peut être trouvée mais voir le film lui-même semble pour l'instant une quête du Graal.

04_SeydouxBondiPeladeauFournier
En 1954, le studio japonais Toho, avec le réalisateur Ishoro Honda, sortait un film de 98 minutes intitulé Gojira. Les Japonais avaient mis en scène une créature du Jurassique. Cet immense animal ressuscitait à cause des essais de la Bombe H. Après Nagasaki et Hiroshima, les Japonais exprimaient leur peur du nucléaire particulièrement dans une scène où une mère sur le sol tient ses deux enfants apeurés. Le film demande : Que peut-il arriver si une arme se retrouve dans de mauvaises mains? Rapidement, les Américains censurent le film, engagent le réalisateur Terry Morse, qui tourne des scènes avec un personnage de journaliste américain, Steve Martin, joué par Raymond Burr; le film fait 81 minutes et s'intitule Godzilla.

Il y a 60 ans, la menace était représentée par un monstre de 50 mètres aujourd'hui, elle est invisible et s'appelle virus, affectant humains et ordinateurs. Là encore, les Japonais ont été des visionnaires puisque Kinji Fukasaku a réalisé Virus en 1980 et que le film a circulé en deux versions : l'originale de 156 minutes et une version plus courte de 108 minutes.

Claude Fournier relatait que Gilles Carle a coupé son film Les Plouffe . Il évoque une scène que je n'ai vue qu'une fois. Au début de la 2e guerre, des femmes d'un quartier ouvrier de la ville de Québec se réunissent et vont dire leur soutien à un personnage jouée par Stéphane Audran. Elles lui expriment leur compassion alors que la France vient de capituler. Cette très belle scène n'était plus incluse dans les versions qui circulaient mais je n'ai jamais oublié l'unique fois où j'ai constaté cette solidarité de femmes, de québécoises, envers celle qui même éloignée restait affectée par ce qui concernait son pays d'origine.

Je me souviens aussi du film Quelques arpents de neige en 1972 avec le couple romantique qui faisait rêver incarné par la belle Christine Olivier et le beau Daniel Pilon. Le couple vit son histoire d'amour pendant que les Patriotes tentent de se libérer de l'oppression infligée par les représentants Britanniques en 1837 alors que la reine Victoria autorisait des cruautés et des exécutions. La version présentée dans les salles anglophones montrait une finale dans laquelle le héros accepte de se rendre aux Britanniques; dans la version francophone, le héros refuse d'être capturé et place une arme sur sa tempe.

Donc, les étapes peuvent imposer jusqu'à 3 ans de démarches et de processus. Mais, ainsi que Monsieur Claude Fournier le remarquait « C'est une recherche possible par tous car tous ont le problème de la conservation. La norme idéale c'est de rafraîchir les données aux 4 ans » même si « Avec le nuage, la pérennité est plus assurée » ajoutait Monsieur Péladeau.

Au Québec, grâce à Québécor et aux convictions de Monsieur Péladeau, la préservation se fait mais aux États-Unis et ailleurs dans le monde peu d'effort sont faits . « En France, Gaumont s'en occupe grâce à des subventions gouvernementales » mentionnait Monsieur Nicolas Seydoux avant de reconnaître : « Sans Québécor, il est où le cinéma québécois? »

Monsieur Péladeau ajoutait : « Avec la mondialisation, finie la culture singulière; notre singularité au Québec vient surtout par le fait francophone. Lorsque le Québec sera un pays, comment gèrerons-nous la culture? Cela fera partie des questions que nous devrons nous poser ».

L'art, la culture, relèvent de l'expérience collective certes mais, ainsi que l'a déclaré Madame Nathalie Bondil, le cerveau enregistre l'émotion de la beauté comme si c'était un être vivant. Donc, les œuvres de beauté ont le pouvoir de nous faire du bien, individuellement et collectivement.

Les images ressuscitées

06_LuciePoirieretVivaPaciPuis, la rencontre Les images ressuscitées a réuni autour de Monsieur Claude Fournier, Madame Viva Paci, professeure de théories du cinéma à l'École des médias de l'UQAM et Monsieur Davide Pozzi, directeur de l'Immagine Retrovata, laboratoire créé en 1992 par Cineteca di Bologna et seul laboratoire prêt à partager ses compétences.

Les films sont en péril matériellement, ils ont une péremption à cause de leur vie bio-chimique. Toutefois, la restauration doit être signée car elle comporte un aspect interprétatif. En 1980, on a commencé à vouloir restaurer. « Mais, comme le demandait Madame Viva Paci, pourquoi les garder vivants si ce n'est pour les montrer? » Donc, ainsi que mentionné lors de la présente rencontre, pour que le cinéma participe à l'expérience individuelle et collective.

05_LuciePoirieretDavidePozziMonsieur Davide Pozzi exige une déontologie, que la restauration soit identifiable et même que la restauration soit réversible. Un réalisateur lui avait dit qu'il y a 50 ans son film n'a pas été fait à son goût donc il a demandé que Davide pousse l'étalonnage. Cela reste éthique.

Il ne faut pas oublier la copie qui a été vue puisqu'elle est un objet social. Qu'était le film à l'époque? Quand il a restauré Hiroshima mon amour, Davide a considéré les indications d'Alain Resnais qui voulait que les scènes en Asie soient contrastées alors que celles à Nevers soient plus douces.

07_LuciePoirierlemurdephotosLe cinéma est une histoire de destruction. Avec le parlant, on a cautionné la destruction des films muets, avec le numérique, on détruit les films en 35 mm. Éventuellement, on n'aura plus accès au numérique. Si, au moment de la production, on fait le retour sur film, on parvient à avoir un support pour la conservation, si on y pense à la postproduction, on n'a plus d'argent.

Monsieur Pozzi veut partager son expertise, expliquer la restauration, il est à l'aise de parler de nettoyage, scan, digital restauration, color correction, sound digitation, étalonnage analogique, numérique, dépoussiérage…et à montrer des exemples.

Parfois, le réalisateur qui ne pouvait pas avoir le rendu qu'il souhaitait à l'époque se réjouit de la restauration. Etore Scola a pu avoir la valeur artistique qu'il voulait pour Une journée particulière, Bertolucci a adoré son Dernier empereur en 3D. Quant à Rocco et ses frères, la restauration audacieuse est allée plus loin dans le contraste mais cela ne trahissait pas la valeur artistique.

La rencontre, fort intéressante, s'achevait avec Monsieur Fournier qui insistait sur l'importance de la diffusion auprès du public et qui mentionnait que la façon de voir les films est en totale transformation. Il a bien hâte, entre autres, que soit vu Gros Bill qui a nécessité 3 ans de travail de restauration et qui contient des scènes de draves.

De plus en plus, des gens peuvent regarder un film selon leur choix quant à l'horaire, la pause, dans le confort de leur foyer mais, c'est là une expérience dans la solitude. Je pourrais analyser le film 15 février 1839 de Pierre Falardeau, je peux aussi relater que je suis allée le voir le 15 février 2001, nous étions peu nombreuses dans la salle mais nous avons parlé spontanément ensemble. Mon souvenir de  La passion du Christ de Mel Gibson est lié au contexte dans lequel je l'ai vu en 2004 : je voulais être dans la salle à 15h, l'heure officielle du décès de Jésus, à coté de moi, une jeune femme ne cessait de pleurer en disant « Comme il souffre », une spectatrice était à genoux avec son chapelet pendant la projection et un jeune homme, ivre parait-il, a soudainement crié. Si un film peut s'avérer un « plaisir solitaire », le voir avec d'autres informe aussi de ce qu'il représente, attente ou aversion, enthousiasme ou ennui, originalité ou conformisme… dans  l'appréciation de cet événement unique lors duquel on accepte d'être dans le noir entouré d'étrangers pour voir des images plus grandes que nature qui bougent en incarnant simultanément la réalité et le merveilleux.

09_LuciePoirieretClaudeGauthierLe 1er Prix Mary Pickford

Lors de l'événement Éléphant ClassiQ pour la première fois fut remis le Prix Mary Pickford à une actrice canadienne ayant eu une carrière internationale. Geneviève Bujold a reçu ce Prix elle qui avait récemment été honorée par la création d'un Prix portant son nom et décernée à une actrice en devenir. Voir ma chronique de novembre 2015.

Après cette remise de prix fut projeté le film Entre la mer et l'eau douce de Michel Brault avec Geneviève Bujold et Claude Gauthier en version restaurée par Éléphant. La projection fut suivie d'une fête sur la scène même du cinéma Impérial. Le rideau se levait pendant que Claude Gauthier chantait : « Je suis Québec, mort ou vivant ». C'était très émouvant. Des agrandissements de photos de Brault, Bujold, Gauthier et autres participants du film constituaient un mur en communiquant le souvenir, l'hommage dans une impressionnante solennité.

08_JulietteRarement, une fête impose un tel raffinement, une distinction même dans la tenue des serveuses telle que Juliette et son élégance en servant le vin. L'ambiance était à la nostalgie. Claude Gauthier me disait : « Ça fait quelque chose, on était jeunes et beaux ». Je lui ai dit que Michel Brault avait été mon professeur de cinéma et qu'il s'était rappelé avoir été surpris quand Geneviève avait déclaré dans une scène avoir eu une aventure avec un autre personnage alors que ce n'était pas prévu dans le scénario. Le beau Claude Gauthier, car il a toujours beaucoup de charme, m'a alors rétorqué que tous les dialogues du film étaient improvisés. J'ai ajouté que je suivais sa carrière depuis la chanson du Grand Six Pieds, donc depuis le début alors que mon amoureux lui exprimait son appréciation de son disque Le jardin, le beau Claude a commencé à chanter pour nous. C'était un moment qui amplifiait l'émotion déjà prenante.

Lors de la tenue de l'événement Éléphant ClassiQ, j'ai pris la parole pour contribuer à la connaissance, à la reconnaissance, d'Alice Guy, l'inventrice du cinéma de fiction. Dans le prochain numéro de ma chronique, en février 2016, j'élaborerai sur cet aspect de l'événement. À suivre.

Cette première édition d'Éléphant ClassiQ a été plus qu'un succès, elle s'est avérée la transmission de connaissances, de convictions et de passions.

Oncle Bernard l'anti-leçon d'économie

Associez-vous Charlie Hebdo à une bande de ringards vulgaires, misogynes, racistes, grossiers et victimes de terroristes vengeurs obsédés par de semblables convictions mais utilisant des moyens plus drastiques? Ils ne méritaient pas de mourir pour leur manque de subtilité mais leur mort ne change pas les caractéristiques qui les concernaient.

10_BernardMarisPourtant, parmi ces ressasseurs de vindictes convenues, se trouvait un érudit capable d'articuler une réflexion sur le principe féodal du capitalisme : Bernard Maris. Cet économiste, assassiné le 7 janvier 2015 lors de l'attentat à Charlie Hebdo à Paris, se distinguait par des idéaux totalement originaux comparativement à ceux de ses pairs. Il a même enseigné la micro-économie à la Banque centrale du Pérou. Il a écrit de nombreux ouvrages dont les titres sont éloquents : Lettre ouverte aux gourous de l'économie qui nous prennent pour des imbéciles, Malheur aux vaincus : Ah, si les riches pouvaient rester entre riches, Gouverner par la peur, Capitalisme et pulsion de mort.

11_richard-brouilletteLe réalisateur et producteur québécois Richard Brouillette a filmé l'économiste surnommé Oncle Bernard le 8 mars 2000 et a inclus des passages de l'entretien dans le film L'encerclement-La démocratie dans les rets du néolibéralisme. Achevé en 2008, ce documentaire de 160 min. a eu 5 Prix, 1 mention spéciale et fut sélectionné officiellement 30 fois lors d'événements internationaux.

Après une projection à son cinéclub hebdomadaire, Richard Brouillette a décidé de diffuser les images brutes, que l'on appelle les rushes, consacrées au contestataire savant et socialement conscient. Cet enregistrement de 78 minutes est présenté dans les cinémas du Québec dès le 7 janvier 2016, donc 1 an exactement après l'attentat. Les évidences prouvent la pertinence actuelle du propos.

Le film consiste en un déroulement sans coupure ni montage de l'entretien tel qu'il s'est passé avec le clap électronique de début, la bande son quand il n'y a plus d'image, l'attente, la récapitulation, les oublis; l'exactitude de la rencontre donc le véritable comportement de l'interviewé et de l'équipe de tournage.

Nous entendons même la mention du nom de la caméra utilisée. Pendant que je suivais mes cours de cinéma avec Michel Brault, un technicien avait été invité pour nous présenter l'Aaton, la caméra sur l'épaule, comme un chat. Lorsque la boîte contenant la caméra avait été posée au sol, un étudiant avait dit : « On l'entend miauler ». Le nom, Aaton, avait été décidé pour s'assurer de la 1e place dans les listes alphabétiques.

Durant les pauses, durant l'écran noir, nous entendons aussi qu'il est question de changement de bobine et même de cette nécessité d'aller dans un grand sac noir où le caméraman enfouis ses mains et sa bobine pour la préserver de la lumière. C'est presqu'aussi une anti-leçon de cinéma que ces mentions de nécessités techniques habituellement coupées au montage.

Le film est en noir et blanc, cette facture un peu âpre induit une connotation d'ancienneté. Toutefois, le propos de Bernard Maris est d'une triste actualité, le temps passe sans amélioration.

Bernard Maris dans cette anti-leçon nous enseigne la vérité des choses. Comment la pensée néolibérale est relayée : par des universitaires sans impact, des experts homogènes et unanimes sur la beauté du néolibéralisme et par des journalistes de même acabit. L'économie est devenue l'équivalent de la foi, elle exige une confiance absolue alors qu'elle est opaque et comme un vampire, elle ne peut être dans la lumière. Les entreprises ont des comptabilités croisées, les publications sont minimes, le reste continue à être cachée, seuls les initiés se débrouillent surtout quand il s'agit de spéculation.

Bernard Maris met en évidence la trahison du langage, l'utilisation des mots à mauvais escient. « L'économie c'est un jargon comme la casuistique des Jésuites. On peut essayer de comprendre mais c'est un jargon du pouvoir. C'est un terrorisme de la parole. Tu n'y comprends rien, tais-toi. C'est construit pour être incompréhensible. Comme le médecin de Molière disant des conneries en latin ». On peut établir des parallèles avec le système dit de justice, avec les avocates, avocats, les témoins experts, psychiatres et autres girouettes orientées en fonction de l'argent : la France a eu son ignominie avec l'Affaire d'Outreau, le Québec vient d'avoir l'affaire du tueur d'Anne-Sophie et Olivier. Là encore, Oncle Bernard a des déclarations appropriées et visionnaires.

« Le fonds du problème, c'est la grande majorité des gens qui souffrent. Aux États-Unis les gens ont honte du chômage, ils se disent consultants et non chômeurs. Il y a donc une manipulation de chiffres, de statistiques, on ne parle pas de la réalité » révèle Bernard Maris, exprimant que nous en sommes toujours à la honte du chômage ressentie par les chômeuses et les chômeurs plutôt que par les décideurs qui n'améliorent rien mais empirent tout. Au Québec, on peut prendre pour exemple les reproches faits aux travailleurs saisonniers, aux chômeurs et aux assistés sociaux dont on dit « ils sont payés à rien faire » pendant qu'on pait 5 000$ par jour des médecins qui ne travaillent pas mais sont présents dans une clinique. À New-York, les Américains pouvaient célébrer à Noël 2015 l'atteinte du nombre jamais vu depuis la crise de 1930 de 75 000 itinérants.

« Ce n'est pas la fin du travail, c'est le travail sans fin ». En effets, les travailleurs pendant leur supposé temps libre continuent à consulter des dossiers, restent disponibles ou tentent de se remettre parce que les accidents de travail sont de plus en plus nombreux.

On nous trompe au sujet de l'inflation « Il ne faut pas d'inflation. Peu importe les inégalités sociales. Or, aux États-Unis pendant une période d'inflation, le peuple a connu la prospérité. « On nous raconte qu'aider les pauvres c'est faire plus de pauvres. C'est faux. C'est pire qu'une pub de Benneton. De 1880 à 1950, pendant peu de temps, il y a eu la force des plus faibles  »

Quant au commerce international, il est indissociable de la prédation militaire. « Le militaire est toujours à la base. Les puissants imposent leur volonté aux faibles. L'inégalité crée de la richesse. Pour stimuler, on doit montrer le salaire du PDG que les salariés mettront des millions d'années à atteindre. Mais 900 millions pour être viré de son poste, c'est pas du tout du talent, c'est du vol ». Donc, en l'an 2000 à Paris, Bernard Maris parlait déjà d'Yves Bolduc et de ses congénères québécois. Quel visionnaire! Il savait que nos gouvernements copieraient des pratiques américaines et françaises.

D'ailleurs, l'exemple américain est conforme à la réalité québécoise. L'engouement pour empirer la misère des pauvres exerce un attrait irrésistible. Les riches ne boudent pas leur plaisir de s'amuser des efforts inutiles des victimes des inégalités socio -économiques.

« La peur est intériorisée par les américains au point où ils ne réclament plus rien. Ils s'autocensurent. La peur de perdre l'emploi fait qu'il n'y a pas de demande de hausse salariale. Les financiers prêtent aux entreprises qui font payer le remboursement aux salariés. La croissance c'est foutre la lèpre partout.»

Un des exemples actuels de l'exactitude des déclarations de Bernard Maris à travers le temps est la réalité domiciliaire. Effectivement, dans les conditions de logements, rien ne va en s'améliorant ni en France ni au Québec puisque dans leur cupidité des riches veulent faire du profit à partir des besoins de base des individus. Ainsi, en France, on compte 3,8 millions de mal-logés, la fondation de l'Abbé Pierre vient de recenser 300 000 personnes sans logement et Christophe Robert vient de souligner : « la situation du mal-logement s'est aggravée » pendant qu'au Québec, la Régie de logement ne règle prioritairement que les cas d'impayés aux propriétaires, que l'OMH néglige d'intervenir quand l'illégalité et le harcèlement empirent et François Saillant vient d'affirmer  que « tout près d'un ménage locataire sur dix au Québec consacre environ 80 pour cent de son revenu pour se loger et que le fait d'ajouter un dépôt de garantie sera un fardeau supplémentaire ».

Avec toutes ces confirmations de ses propos, nul doute qu'il savait dire la vérité, lui, Bernard Maris.

« Consommer, c'est participer à la croissance donc détruire des paysages, des espèces animales. Le capitalisme ne connaît pas le bien et le mal. Gagner de l'argent se fait en détruisant le collectif. Détruire la Bretagne par l'élevage de porcs. Privatiser l'air, le génome. La collectivité subit. Absoudre les créances, les contribuables paient. On paie les banques en difficultés au prix de sueurs, de larmes. Elles sont stupides les Banques; elles se sont trompées sur le Mexique, sur l'immobilier, sur la nouvelle économie. Maintenant il y a un marché noir des banques, des transactions hors bilans. »

« Le capitalisme c'est pas la démocratie » déclare Bernard Maris qui utilise les mots pour transmettre des constats, des explications, des vérités. Il réinstaure la beauté du langage.

Le documentaire Oncle Bernard-L'anti-leçon d'économie de Richard Brouillette nous propose des caractéristiques rares : l'acuité et l'intelligence dans une signature artistique.

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Autochtones au Québec et en Allemagne

À peine commence-t-on à admettre les décennies de persécution qui ont accablé et qui affectent encore les autochtones. Depuis les meurtres des prostituées amérindiennes en Colombie-Britannique, en passant par La Route des Larmes jusqu'au scandale des allégations des femmes autochtones victimes d'abus, d'intimidation et de sévices sexuels par des membres de la SQ,  la situation ne peut s'améliorer que si des faits sont admis. Les injustices ont d'ailleurs inspiré Arthur Lamothe en 1996 pour sa réalisation Le silence des fusils.

Il y a 11 ans, Manon Barbeau a fondé Wapikoni Mobile, studio ambulant de création qui a permis à des gens de 29 communautés des Premières Nations de tourner 850 films qui témoignent de leur existence. Entre le film de deux femmes qui tentent de faire fonctionner un générateur pour regarder la lutte à la télé et celui d'une mère qui ne voit ses enfants que périodiquement, ces créations sont essentielles par leur vérité et par le fait qu'elles sont tournés par des autochtones qui trouvent un moyen d'expression et de relation.

Manon, lors d'une projection m'avait déjà dit : « Imaginez ce qu'il y a de pire pour les femmes et multipliez cela par dix, c'est la condition des femmes autochtones. » Le Wapikoni mobile aide des femmes, des jeunes, des hommes. Bien que leur première campagne de socio-financement soit terminée, l'organisme ne dédaignerait pas de recevoir encore des dons.

13_GunterLangedeIndianerInuitDasNordamerikafilmfestivalD'autres parts, il existe un festival de films consacré aux Premières Nations et aux Inuits en Europe. Le Nordamerika Film Festival se déroule du 21 au 24 janvier 2016 à Stuttgart en Allemagne. Pendant ces 4 jours  plus de 60 films seront présentés.

Des artistes, artisans, acteurs, réalisateurs, producteurs seront là pour échanger avec le public. Évidement, là encore, les organisateurs ne refuseront pas toute forme d'aide ou de propositions de participation.

On peut s'informer en visitant le site : http://www.nordamerika-filmfestival.com

14_filmBonneAnneeBonne Année 2016

Pour la prochaine année, je souhaite l'exactitude et la beauté du langage cinématographique, verbal, pictural, corporel. La recherche et l'expression de la vérité, l'utilisation du langage en accord avec le réel, la volonté de beauté et de bienveillance favorisent les connexions inter-neuronales.

Depuis que l'humain vit dans des organisations urbaines, il est de moins en moins intelligent. Les technologies, elles, le sont de plus en plus; elles sont basées sur l'exactitude, elles ne se développent pas à partir d'un mensonge. Aucune intimidation, aucun préjugé, aucune persécution, aucune cupidité ne forcera les touches ctrl c à se nier elles-mêmes, à s'automutiler, à insulter, à duper, à violenter; elles vont copier, sans simuler, sans dissimuler, sans voler, violer, ni tuer pour s'écrier ensuite ainsi que le personnage Samuel Goldman,  joué par Charles Aznavour dans Un taxi pour Tobrouk réalisé par Denys de la Patellière avec des dialogues de Michel Audiard et basé sur des fais vécus, non dans le désert de Lybie mais dans celui du Groenland : « C'est pas moi, Monsieur, c'est l'autre ».

Dans ce même film, sorti en 1961, Lino Ventura incarne le brigadier Théo Dumas. Plus tard, en 1973, il joue Simon dans La Bonne Année de Claude Chabrol et déclare dans le film une appréciation que je relate comme une exhortation, un souhait, un espoir concernant les jeunes, les femmes, les hommes, tous les humains qui peuvent choisir d'ouvrir leur cœur à l'Amour, d'élargir leur conscience à la Bonté, de manifester de l'intelligence et de la sensibilité, d'avoir une présence à tout ce qui vit, de donner jusqu'à la félicité avec des mots, des actes, des œuvres : « c'est très joli une femme qui parle, et qui parle bien ».